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Enfant cruel, et malheureux
Certains d’entre nous recevaient des lettres que les infirmières leur distribuaient ou leur lisaient quand ils n’étaient pas capables de le faire.
Plus tard, ceux qui n’étaient pas capables de lire, je leur lisais leurs lettres quand ils me le demandaient.
En général, je lisais exactement le contraire de ce qui était écrit.
Cela donnait par exemple : « Notre cher enfant, ne guéris surtout pas. Nous sommes très bien sans toi. Tu ne nous manques pas du tout. Nous espérons que tu resteras où tu es, car nous n’avons aucune envie d’avoir un handicapé chez nous. Nous t’embrassons tout de même un peu, et sois sage, car ceux qui s’occupent de toi ont bien du mérite. Nous n’en ferions pas autant. Nous avons de la chance que quelqu’un d’autre fasse pour toi ce que nous devrions faire, car nous n’avons plus de place pour toi dans notre famille où tout le monde est en très bonne santé. Tes parents, tes sœurs, tes frères. »
Celui à qui j’avais lu la lettre me disait :
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Je disais :
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Il disait :
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[…] Beaucoup parmi nous recevaient aussi des colis. Des gâteaux, des biscuits, du jambon, des saucissons, de la confiture, du miel.
La directrice avait dit que les colis devaient être distribués entre nous tous.
Il y avait tout de même des enfants qui cachaient de la nourriture dans leur lit ou dans leur armoire.
Je m’approchais de l’un d’eux, je lui demandais :
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Plus tard, je voyais l’enfant jeter son colis dans les déchets du Centre.
Il y avait aussi les parents qui venaient rendre visite à leur enfant.
Je les attendais au portail du Centre.
Je leur demandais l’objet de leur visite, le nom de leur enfant.
Quand ils avaient répondu, je leur disais :
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Après cela, je m’en allais en vitesse et je me cachais.
[…] La directrice m’a convoqué :
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Je l’ai frappé avec ma canne, je suis tombé.
Elle a hurlé.
(extrait « Le troisième mensonge » -