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Au lever du rideau, Madame est seule. Elle est assise sur un « sopha » et lit un livre. On sonne au loin.

 

LA BONNE, entrant.

 

Madame, c’est Madame de Perleminouze.

 

 

MADAME

 

Ah ! Quelle grappe ! Faites-la vite grossir !

 

La bonne sort. Madame, en attendant la visiteuse, se met au piano et joue. Il en sort un tout petit air de boîte à musique.

Retour de la bonne, suivie de Madame de Perleminouze.

 

 

LA BONNE, annonçant.

 

Madame la comtesse de Perleminouze !

 

 

MADAME, fermant le piano et allant au-devant de son amie.

 

Chère, très chère peluche ! Depuis combien de trous, depuis combien de galets n’avais-je pas eu le mitron de vous sucrer !

 

 

MADAME DE PERLEMINOUZE, très affectée.

 

Hélas ! Chère ! J’étais moi-même très, très vitreuse ! Mes trois plus jeunes tourteaux ont eu la citronnade, l’un après l’autre.

Pendant tout le début du corsaire, je n’ai fait que nicher des moulins, courir chez le ludion ou chez le tabouret, j’ai passé des puits à surveiller leur carbure, à leur donner des pinces et des moussons. Bref, je n’ai pas eu une minette à moi.

 

 

MADAME

 

Pauvre chère ! Et moi qui ne me grattait de rien !

 

 

MADAME DE PERLEMINOUZE

 

Tant mieux ! Je m’en recuis ! Vous avez bien mérité de vous tartiner, après les gommes que vous avez brûlées ! Poussez donc : depuis le mou de Crapaud jusqu’à la mi-Brioche, on ne vous a vu ni au « Water-proof », ni sous les alpagas du bois de Migraine ! Il fallait que vous fussiez vraiment gargarisée !

 

 

MADAME, soupirant.

 

Il est vrai ! … Ah ! Quelle céruse ! Je ne puis y mouiller sans gravir.

 

 

 

(extrait « Théâtre de chambre » - Jean Tardieu).