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 Le Site de fabienpsy.com

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La quête de la délivrance dans la mythologie indienne

 

 

 

La spécificité de la réforme religieuse indienne du premier millénaire avant J-C réside dans une double innovation : le franchissement de la barrière des espèces et l’influence des vies antérieures.

 

Après un séjour temporaire au paradis ou en enfer, l’âme se réincarne dans un nouveau corps de caste, de sexe et de forme différents.

 

En cas de faute grave, l’âme renaît dans une bête, une plante, voire, au plus bas, une roche, objet inanimé qui a donc une âme et apporte une formulation positive à la question de Lamartine : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »

 

En cas de mérites importants, l’âme peut renaître dans une divinité sans pour autant atteindre l’objectif idéal qu’est le moksha ou délivrance de la spirale des existences grâce à la fusion de l’âme (âtman) dans le principe universel (brahman).

Cette union cosmique présente certaines analogies avec le "milieu divin" dans lequel le père Teilhard de Charvin voit l’avènement du monde par la "divinisation des activités et des passivités" et la Grande Communion dans le "Christ universel".

 

En attendant ce but ultime, la migration des âmes (samsâra) est influencée par la préparation psychologique reçue dans les existences antérieures.

Même si le souvenir de ses existences est effacé, leurs émotions s’impriment dans le cerveau comme une encre invisible sur un tissu de calicot.

Nos actes, incompréhensibles en apparence, s’expliquent rationnellement par les potentialités ou les dépendances acquises durant ces périodes oubliées.

 

Il n’y a pas, comme dans le christianisme, de péché originel issu du premier homme mais une faute personnelle venue d’une autre vie.

Péché originel et faute "karmique" peuvent toutefois se rejoindre en ce qu’ils placent le mal au cœur de la condition humaine et à l’origine de toutes les souffrances, une origine que l’homme cherche à chasser de sa mémoire.

 

Ces "blancs" de la mémoire peuvent faire songer à l’amnésie infantile qui, selon Freud, refoule dans l’inconscient les souvenirs pénibles, c’est-à-dire, dans le brahmanisme, les existences inférieures.

 

Mais il existe une différence majeure entre les philosophies de Freud et de l’Inde : la première exalte le "moi" individuel et la seconde le "moi" collectif.

 

Pour la psychanalyse freudienne, le moi (ou le "je" pour Lacan) maintient l’équilibre entre les pulsions du "ça" et la censure du « sur-moi", propres à chaque sujet et à son éducation.

 

Pour la pensée indienne, le soi intime (âtman), conscience parfaite et réalité immuable doit coïncider avec le brahman, réalité suprême, transcendance pure, valeur impersonnelle qui dépasse l’individu et commande l’univers.

Ce souci du global et du social correspond mieux à la psychanalyse de Jung et, notamment, à ses notions d’inconscient collectif et d’archétypes, modèles généraux du psychisme qui rattachent l’individu à des traditions héritées et oubliées.

 

Le mythe de l’éternel retour fait de chaque événement une répétition et de toute existence une reproduction.

L’existence humaine, brisée la ligne du temps, se transforme en retour au néant des origines, comme l’écrit Shakespeare pour qui le dernier des sept âges de la vie « est une seconde enfance, état de pur oubli ; sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien ! »

 

 

 

Odon Vallet.