L’argumentation selon la rhétorique ancienne
Les textes fondateurs sont la Rhétorique d’Aristote et la Rhétorique à Herennius,
ouvrage latin anonyme.
L’analyse du processus argumentatif énumère les différentes étapes qui conduisent
au « produit fini » : le discours argumenté (on emploie ici « discours » dans le
sens traditionnel du terme).
La rhétorique ancienne distingue 5 étapes dans la production d’un discours argumenté :
- L’étape argumentative ou invention : c’est la recherche d’arguments pertinents
pour l’examen d’une cause ; on s’interroge sur le type de discours, le genre qui
convient au sujet ;
- L’étape textuelle ou disposition : les arguments sont mis en ordre, il s’agit de
hiérarchiser les arguments par leur force de persuasion ;
- L’étape linguistique ou élocution : c’est la mise en mots, et en phrase qui relève
de l’ordre linguistique ;
- L’étape de mémorisation du discours : ajoutée à l’époque romaine, c’est en fait
une étape intermédiaire qui porte sur l’acte oratoire lui-même, proche du travail
d’interprétation de l’acteur ;
- L’étape de l’action rhétorique : c’est le moment rhétorique par excellence, celui
de la prononciation du discours, celui qui fait que le discours devient acte locutoire
persuasif ; Démosthène, à qui l’on demandait quelle est la première qualité de l’orateur,
avait pour coutume de répondre : l’action, l’action et l’action.
On retrouve ici l’introduction, la narration, l’argumentation, la réfutation des
positions adverses et la conclusion.
Cette tradition a en particulier fait naître des logiques dites dialogiques très
complexes et aujourd’hui bien connues dans les sciences cognitives et en psychologie
cognitive.
Elles le sont peut-être un peu moins en psychologie au sens large, qui plus est en
psychopathologie et en psychanalyse.
Extrait « Les psychanalystes savent-ils débattre ? » de Daniel Widlöcher.