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Fétiches et reliques
La vénération que témoigne au génie la grande masse des gens cultivés dégénère très facilement, comme celle des croyants pour leurs saints, en service puéril des reliques.
De même que des milliers de chrétiens adorent les reliques dont ils connaissent la vie et la doctrine ; de même que la religion de milliers de bouddhistes consiste à vénérer la dahtu (dent sacrée), voire la dagoba qui la renferme (stupa) ou le saint patra (écuelle), ou l’empreinte pétrifiée du pied, ou l’arbre sacré planté par le Bouddha bien plus qu’à connaître à fond sa noble doctrine et à la pratiquer fidèlement ; de même que la maison de Pétrarque à Arquà, la prison supposée du Tasse à Ferrare, la maison de Shakespeare à Stratford où se trouve sa chaise, la maison de Goethe à Weimar avec ses meubles, le vieux chapeau de Kant, tout comme ils sont nombreux à contempler, pleins d’attention et de respect, les autographes des uns et des autres alors qu’ils n’ont jamais lu les œuvres de ces hommes.
C’est qu’ils ne savent que contempler bouche bée.
Extrait de « L’art de l’insulte » d’Arthur Schopenhauer.