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Le Loup et le Chien
Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce
Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé
par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers
;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son
embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que
moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont
misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir
de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de
l'épée.
Suivez-
Le Loup reprit : "Que
me faudra-
-
Portants
bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant
quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de
pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui
le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-
-
De ce que vous voyez est peut-
-
Où vous voulez ? -
-
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais
pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore.
Jean de La Fontaine.