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L’orgue fou -
Je peins des croix rouges sur les maisons. Un village près d’ici.
Les autres me disent : « Fais-
Je sais à quoi elles serviront les croix sur les murs. J’en peins dix-
Dix-
Et cette nuit, l’offensive. On a l’ordre !
Les maisons sans croix, on les brûle. Toutes les maisons sans croix.
Les cendres, faut voir ça, comment dans la nuit les cendres montent au ciel.
Et les voix, un orgue fou.
Les gens nus qui sortent des flammes.
Les gosses défigurés. On est là, postés. On attend. Sous les cendres. Que les gens sortent. On tire à la mitraillette.
Je vois crever les gosses, les femmes, les hommes, les loups sortent de la forêt pour se repaître de leur sang.
Moi, je tire dans l’obscurité, directement dans l’obscurité, en priant que mes balles ne touchent personne.
L’odeur de cette nuit, impossible à oublier.
La chair à vif, les cendres, les voisins planqués. A l’abri d’une croix bleue.
Ce soldat qui prend un bébé à sa gorge, son trophée de chasse, il attend qu’il s’étrangle.
J’ai cinq ans et cinq cents ans.
Je suis perdu.
Les soldats rient, la cendre vole.
Je cours dans l’obscurité. Je cours. Vers la forêt. Ils me pistent, je sais.
Je vois les ours, les lions, les loups sucer dans les clairières les os de nos tueries. Je cours. . .
Elma, j’ai fini avec les porcs.
Faut que je parte. Faut que je cours jusqu’à l’envie de ne pas mourir.
Ici, on me retrouvera toujours. Ailleurs, je n’aurai pas de nom.
Pardon. Ne meurs pas.
J’essayerai de vivre, tu as ma parole.