L’Accouchement raconté par la Maman
8 jours depuis ce jour si unique et tout se mélange dans ma tête.
"Chéri, tu peux aller chercher une serpillière !" Nous sommes le dimanche 24 septembre
2006, il est exactement 23h20. Nous sommes à 9 jours du terme de ma grossesse.
La veille au matin, j'avais été prise de vertiges dès le saut du lit, puis la journée
s'était déroulée tranquillement avec toujours présent dans nos esprits, ce petit
bébé qui s'annonce très prochainement. Serait-ce notre dernier week-end en tête-à-tête
? Chéri pense que oui, moi j'espère que non.
La journée de dimanche a été tout aussi douce malgré ma vessie très sensible et une
envie de faire pipi incessante. Vers 21h, nous nous installons devant un film un
peu bête, 'Astérix et les vikings', histoire de se changer les idées. Une contraction
! J'en ai depuis plusieurs mois et elles ne sont pas douloureuses. Je ne m'inquiète
donc pas. Une autre contraction. Elle n'est toujours pas douloureuse mais nettement
plus sensible. Je ne dis rien, mais par curiosité, je relève l'heure qui s'affiche
sur le four de la cuisine. Une autre. Dix minutes se sont écoulées. Une autre, sept
minutes plus tard. Les contractions s'enchaînent toutes les sept minutes puis s'espacent.
Je me dis que plus vite nous irons nous coucher, plus vite je me réveillerai le lendemain
matin sans contraction et avec encore quelques jours d'insouciance devant moi. Le
film se termine, nous montons nous coucher. Je me lave les dents, me démaquille et
m'allonge dans le lit. Comme chaque soir, petit bébé a droit à sa séance de câlins.
Chéri pose sa main sur mon ventre et bébé répond doucement. Les câlins sont vite
interrompus. Je sens une vague de liquide chaud couler entre mes cuisses. "Chéri,
tu peux aller chercher une serpillière !". Il est 23h20. Je viens de perdre les eaux.
Chéri, d'abord incrédule, finit par réaliser que ce n'est pas une plaisanterie et
revient avec une serviette de bain. Je me lève en inondant le parquet. Les serviettes
de toilettes passent les unes après les autres. Bizarrement, nous ne sommes pas paniqués,
ni même excités. J'appelle la maternité. Il est préférable d'y aller rapidement...
Après une bonne douche et un dernier point sur les bagages, nous partons. La pluie
vient de s'arrêter, il fait encore chaud.
A 0h30, nous nous installons dans une petite salle d'examen. Premier monitoring et
le bruit de son coeur au galop. Je n'ai pas beaucoup de contractions. Mon col est
mou, mais rien ne semble évoluer de ce côté-là. La sage-femme nous annonce que le
travail n'a pas commencé et qu'il sera déclenché le lendemain dans la journée. Un
peu avant 2h, on nous installe dans une chambre dans l'aile des grossesses à risque.
Une sage-femme me propose un somnifère pour être reposée le lendemain, ainsi qu'un
suppositoire pour stopper ces contractions inefficaces. Nous nous retrouvons seuls
dans cette petite chambre, chéri installé sur un mauvais lit de camp. Dehors, une
pluie torrentielle commence à tomber pendant que nous essayons de trouver le sommeil.
Alors que je glisse rapidement dans un sommeil lourd, je suis réveillée par une contraction.
Une contraction douloureuse. Le somnifère me tire vers le sommeil et les contractions
sont de plus en plus vives. Je n'ai pas la force de les chronométrer. Je perds tous
mes repères. Je ne sais plus quelle heure il est ! A chaque contraction, je cherche
une nouvelle position qui m'apporte un petit soulagement, sur le dos, sur le côté,
à quatre pattes. Je tente de nouvelles respirations pour oublier la douleur, mais
celle-ci me rattrape de plus en plus violemment à chaque fois que je glisse un peu
vers le sommeil. Cette lutte entre le sommeil et la douleur continue jusqu'aux premières
lueurs du jour. Les effets du somnifère se sont dissipés et je me sens écrasée par
une fatigue insurmontable. Je veux dormir, je suis à bout de forces ! A chaque contraction,
je tente de gérer la douleur au mieux. Entre chaque contraction, je me sens soulagée
mais extrêmement lasse et fatiguée. Chéri est aussi fatigué que moi. Il n'a pas pu
dormir non plus face à mon agitation et à mes cris.
A 7h, une sage-femme vient effectuer un nouveau monitoring. Rester allongée sur le
dos est une nouvelle épreuve. Mes contractions sont totalement anarchiques. Des fortes,
des moins fortes. Très espacées ou très rapprochées. La sage-femme conclut que les
choses avancent mais que le travail n'est pas réellement commencé. A ce moment-là,
je commence à me demander comment je pourrai faire face aux contractions de travail
si celles-ci n'en sont pas. Je dois maintenant attendre que le médecin vienne m'examiner.
Les minutes sont longues. A chaque contraction, je me concentre, je me replie, totalement
coupée du monde extérieur.
Vers 8h, le médecin arrive. Je dois prendre une bonne position, les poings sous les
fesses pour qu'il puisse examiner mon col tout en gérant une nouvelle contraction.
Avec beaucoup d'humour, il m'annonce que je suis dilatée à un bon 4 ! "Oh putain
!" mon cri du coeur. Le médecin me regarde interloqué et finit par rire. Mes nerfs
lâchent et je fonds en larmes ! Oui c'était bien des contractions et tout ça n'a
pas servi à rien... Mon bébé est sur le chemin et tout me parait moins sombre maintenant.
Ces contractions sont désormais beaucoup plus gérables... On nous annonce que nous
allons descendre en salle de naissance. En quelques minutes, nous plions nos affaires,
prêts à partir. Pourtant, il faudra encore beaucoup patienter. Je fais les cent pas
dans le couloir en chemise de nuit. A chaque contraction, je m'accroche quelque part,
me concentre sur ma respiration et attends que cela passe. Dehors il pleut toujours.
Avec Chéri, nous discutons de la péridurale. Je me sens capable de gérer les contractions
mais je doute vraiment de pouvoir tenir jusqu'au bout. Je suis accablée de fatigue
et nous pensons tous les deux que la péridurale ne serait pas une mauvaise chose...
9h. Enfin une sage-femme vient nous chercher. Nous descendons à pied une série de
couloirs. On nous installe dans la salle de naissance n°2.Un lit, des machines, un
écran au plafond, tout rappelle le bloc opératoire. Le lit est installé face à une
grande baie vitrée avec vue panoramique sur les arbres du parc de la clinique. Une
dame blonde se présente, elle s'appelle Catherine et s'occupera de nous jusqu'à l'arrivée
de notre bébé. Je dois d'abord enfiler une chemise de nuit fesses à l'air en papier
bleu. Chéri lui porte la même en papier blanc par dessus ses vêtements. Je grimpe
sur la table. La valse des examens commence. Je dois rester allongée et cette position
est insupportable avec les contractions. On fait sortir chéri. D'abord, on me pose
une perfusion pour avoir une veine me dit-on. Ensuite, arrive le monitoring. La sage-femme
réexamine mon col, je suis à 4/5. Elle me demande ensuite si j'envisage une péridurale.
Oui j'aimerai bien. L'anesthésiste arrive peu de temps après. Il me propose une dose
légère pour commencer et repassera plus tard pour compléter. Je culpabilise un peu
d'abandonner si vite. Je suis donc reliée à un fil de plus. A cela s'ajoute le tensiomètre
qui mesure ma tension à intervalles réguliers et une perfusion d'ocytocines pour
augmenter les contractions.
Chéri me rejoint enfin dans la salle. Il s'installe sur une chaise à côté. La douleur
s'estompe jusqu'à devenir inexistante. Je reste stupéfaite par ce miracle. Désormais,
mes yeux se fixent sur l'écran qui affiche mes contractions et les battements du
coeur du bébé. Les contractions s'enchaînent de plus en plus vite et notre bébé les
supporte bien. Je me concentre sur ma respiration pour qu'il souffre le moins possible.
J'ai du mal à lutter contre le sommeil, je flotte entre le sommeil et l'éveil. Je
ne suis plus du tout connectée à la réalité. Je n'ai plus la notion du temps. Il
passe vite et doucement à la fois. Je suis dans un univers parallèle, j'entrevois
le monde extérieur sans y prendre part. J'attends sans attendre... Chéri aussi est
exténué par cette nuit surréaliste. Il s'endort presque sur sa chaise. Pour se réveiller
un peu, il sort des images et histoires drôles qu'il avait préparées pour m'aider
à affronter ce jour particulier. Il me donne toutes les demi-heures des granules
homéopathiques pour accélérer le travail. Il patiente tout comme moi.
Vers 10h30, la sage-femme repasse faire un petit examen. Cette fois, je suis à 5/6.
Ca n'avance pas vite. Devant son état de fatigue, je pousse Chéri à rentrer se reposer
un petit peu à la maison pour qu'il soit éveillé lors de l'arrivée du bébé. Je reste
donc seule une petite heure dans cette salle de naissance, toujours à analyser la
forme des arbres du parc et les battements de coeur du petit être qui vit encore
en moi. La sage-femme me surprend en train de prendre des granules. Je sens à son
regard qu'elle désapprouve totalement. Chéri revient vers 11h30 à peine reposé. Vers
12h, un nouvel examen nous informe que je suis toujours à 6. Ma vessie est pleine
et comme je suis dans l'incapacité de la vider volontairement, on me pose une sonde
urinaire. Afin de faire avancer le travail, je m'installe assise en tailleur sur
la table. Avec tous ces fils, il s'agit d'une position déjà très exotique. Il est
inenvisageable de me mettre à 4 pattes ou même debout... Dehors, la pluie a cessé
et le ciel bleu apparaît doucement.
13h, le travail n'avance plus. Je suis bloquée à 6 malgré les augmentations successives
d'ocytocines. La sage-femme décide d'appeler le médecin pour qu'il prenne une décision.
Une petite vague de panique m'envahit. Forceps ? Spatules ? Césarienne ? Episiotomie
? Toutes ces solutions me terrorisent d'avance. Avec Chéri, nous décidons de mettre
en pratique nos cours d'haptonomie. Nous nous concentrons sur notre bébé et l'invitons
à avancer, à descendre et à faire son chemin. Chéri pose une main sur mon périnée
et une autre sur le bas de mon ventre. Avec plusieurs appels successifs, il pousse
le bébé à s'enrouler à l'intérieur du bassin et à descendre vers le périnée. Moi
aussi, je pose les mains sur mon ventre à chaque contraction pour motiver le bébé
à descendre. Le temps semble très long. Le médecin tarde à venir et nous ne savons
pas si les choses ont avancé.
Vers 14h, le médecin arrive enfin. Après un examen véritablement désagréable et douloureux,
il nous annonce un 8 ! Soulagement ! Le travail a repris. Il m'annonce aussi un bel
oedème. Nouvelle vague de panique, j'ai du mal à imaginer comment le bébé va bien
pouvoir sortir avec un périnée aussi gonflé. Je m'installe dans une position inversée.
Le dos sur la table et les genoux remontés à la taille. Mes pieds sont tenus posés
sur les étriers. Les contractions sont de plus en plus sensibles. Elles deviennent
rapidement douloureuses du côté gauche. La péridurale a cessé de faire effet. On
me propose une nouvelle dose que je refuse avec beaucoup d'appréhension. Je tiens
absolument à sentir la poussée et la sortie du bébé. Deux puéricultrices préparent
les affaires de bébé. La sage-femme prépare la table d'accouchement. Nous y sommes
presque ! A 15h, je suis à 9. Les contractions sont nettement douloureuses. Je commence
à avoir peur de cette ultime étape. Chéri me regarde et me dit "Ca y est ! Maintenant
tu as bien conscience que nous allons avoir un bébé !" Non ! Je n'ai toujours conscience
de rien. J'ai encore énormément de mal à concevoir qu'un petit être vit en moi, qu'un
bébé s'est installé dans mon ventre.
De nouveau seuls pour la dernière fois avant l'épreuve finale, je flotte dans un
état bizarre. Je sens bien le bébé descendre. Il pousse sur l'anus à chaque contraction.
C'est un sentiment rassurant de le sentir évoluer en moi. Après plusieurs bonnes
contractions, je le sens remonter dans le vagin. Je sens sa tête monter puis redescendre.
J'ai très envie de pousser mais je reste calme jusqu' au retour de la sage-femme.
A son retour, elle me dit qu'il est temps de pousser. Elle me propose de garder ma
position si je me sens bien ainsi.
Première contraction, sur les indications de la sage-femme, je pousse. J'avale un
maximum d'air par la bouche, je sers le ventre de bas en haut en essayant de contracter
mes abdominaux latéraux. A la fin, je relâche un peu d'air par la bouche. Je reprends
mon souffle et bloque à nouveau. Cette fois, je ne parviens pas à pousser aussi fort
et le bébé redescend. Ma position m'incite à lever les fesses pendant la contraction
ce qui ne convient pas à la sage-femme. Pendant, ce petit temps de repos, je tente
de reprendre mon souffle. L'excitation monte devant l'imminence de ce gigantesque
bouleversement. La contraction arrive. J'avale un maximum d'air et je pousse de toutes
mes forces, j'essaie de solliciter un par un tous mes muscles. J'ai pleinement conscience
de l'épreuve que je vis, je ne suis pas paniquée. Chéri m'aide comme il peut en me
motivant par sa voix et en soutenant ma tête. Je reprends mon souffle et pousse à
nouveau de tous mes muscles. Cette fois, il a bien avancé ! Il est là ! Tout proche
! Une émotion jamais ressentie commence à m'envahir. Troisième contraction. Je me
concentre comme jamais je ne l'ai fait dans ma vie. Je sollicite chaque bulle d'oxygène
et je pousse ! Ca y est la tête est là ! Je dois arrêter de pousser pour le dégagement
! Je suis à bout de souffle. Je pousse une dernière fois doucement pour dégager les
épaules. Et soudain, je le vois. Un petit bébé tout blanc. Son crâne recouvert de
minuscules boucles de cheveux a pris une forme de pain de sucre pendant le travail
trop long. J'observe d'abord son immense bouche écarlate et ses grands doigts. Nous
sommes le 25 septembre 2006, il est 16h10. On me le pose immédiatement sur le ventre.
L'émotion est trop forte. Insoutenable. J'éclate en sanglots. Il y avait bien quelqu'un
dans mon ventre et il est si beau, si parfait. J'essaie de dégager le tissu de ma
chemise de nuit pour qu'il soit au plus près de moi. Je regarde Chéri, je lui dis
merci pour ce cadeau du ciel. Je regarde à nouveau notre fils, je le sers dans mes
bras. Mes larmes n'en finissent pas de couler. Je comprends tout à coup ce que l'expression
"coup de foudre" veut dire. Je deviens mère-louve à cet instant précis. C'est notre
bébé. Notre réalisation. Mes larmes coulent toujours. Je lui dis que je l'aime, qu'il
est toute ma vie. Il est là au creux de mon bras, tout recroquevillé. Je l'aime tant
! Je voudrai lui donner le sein, mais on me dit d'attendre les premiers soins car
j'ai perdu les eaux depuis plus de 12 heures. Chéri l'accompagne. Je l'entends crier.
Son papa le rassure de sa voix. Il me fait des signes pour me dire que tout va bien.
Pendant ce temps, le placenta descend en quelques minutes et la sage-femme me fait
3 petits points suite à l'épisiotomie. Il revient enfin avec une couche et des traces
marrons autour des yeux. Je le pose à nouveau sur mon ventre pour qu'il se réchauffe.
Il est magnifique. Ses yeux sont noirs et immenses. Ils nous regardent intensément
tous les 2. Doucement, je l'oriente vers un sein. Il réagit. Il ouvre la bouche.
Il tire la langue. Il commence à téter de façon hésitante d'abord. Il nous regarde
toujours de façon si pénétrante. Oui, nous sommes tes parents. Nous t'aimons comme
des fous et nous ferons tout pour que ta vie soit la plus belle...
Mél.