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Le passage à l’acte

 

 

 

Le passage à l’acte ou acting out est une notion forgée par les psychanalystes de langue anglaise, puis reprise telle quelle en français, pour traduire ce que Freud appelle mise en acte, d’après le verbe allemand agieren.

Le terme renvoie à la technique psychanalytique et désigne la manière dont un sujet passe à l’acte inconsciemment en dehors ou à l’intérieur de la cure, à la fois pour éviter la verbalisation du souvenir refoulé et se soustraire au transfert.

 

Dans le vocabulaire psychiatrique français, l’expression passage à l’acte met en évidence la violence d’une conduite par laquelle le sujet se précipite dans une action qui le dépasse : suicide, délit, agression.

 

C’est en partant de cette définition que Lacan, dans son séminaire L’Angoisse, instaure une distinction entre acte, acting out et passage à l’acte.

 

Dans le cadre de la conception de l’autre et de la relation d’objet, et à partir d’un commentaire de 2 observations cliniques de Freud (le cas "Dora" et "Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine"), Lacan établit en effet une hiérarchie à 3 étages.

 

Selon lui, l’acte est toujours un acte signifiant qui permet au sujet de se transformer après-coup.

 

L’acting out est au contraire non pas un acte, mais une demande de symbolisation qui s’adresse à un autre. C’est un coup de folie, destiné à éviter l’angoisse.

Dans la cure, l’acting out est le signe que l’analyse se trouve dans une impasse où se révèle la défaillance du psychanalyste.

 

Quand au passage à l’acte, il s’agit chez Lacan d’un "agir inconscient", un acte non symbolisé par lequel le sujet bascule dans une situation de rupture intégrale, d’aliénation radicale.

Il s’identifie alors à l’objet a, c’est-à-dire à un objet exclu ou rejeté de tout cadre symbolique.

Le suicide, pour Lacan, se situe du côté du passage à l’acte comme en témoigne la manière même de mourir en quittant la scène par une mise à mort violente : saut dans le vide, défenestration, etc.

 

 

(Elisabeth Roudinesco)

 

 

 

On entend par acting, l’expression et la décharge d’un matériel analytique conflictuel, par le biais d’un acte au lieu d’une verbalisation.

L’acte s’oppose ici au mot, mais tous deux procèdent d’un retour du refoulé, donnant lieu dans un cas à une répétition et dans l’autre, à un ressouvenir.

L’acting out  est une action accomplie à l’extérieur de la cure ; l’acting in, à l’intérieur de la cure (communication non verbale : postures corporelles, silences prolongés retards répétés, tentatives pour séduire ou agresser l’analyste).

 

Freud, dans le cas Dora, note à propos du transfert que cette dernière se venge de lui comme elle avait voulu se venger de Monsieur K : « Elle m’abandonna comme elle se croyait trompée et abandonnée par lui. Ainsi, elle mit en action une importante partie de ses souvenirs et de ses fantasmes au lieu de les reproduire dans la cure ».

 

Type particulier de l’agir, défini par son caractère disruptif voire délictueux, qu’il soit auto- ou hétéro-agressif, souvent rapporté à la catégorie de la psychopathie, le passage à l’acte, comme son nom l’indique, est un passage, une relation entre l’acte et la mentalisation supposée préparer et permettre sa réalisation.

 

Le passage à l’acte, comme l’inhibition de l’agir ou la procrastination, pose le problème des rapports entre la pensée et l’action.

Ainsi, dans la compulsion obsessionnelle, la pensée, par une sorte de régression, peut remplacer l’action, tandis que chez le primitif, l’acte semble remplacer la pensée et, comme l’a écrit Goethe, « au commencement était l’acte ».

 

Pour beaucoup d’auteurs, le passage à l’acte est l’effet d’un mode préoedipien du fonctionnement psychique où dominent les processus primaires, l’incapacité à tolérer la frustration, à reconnaître l’épreuve de réalité et à freiner une tendance à l’impulsivité.

 

 

 

(Sophie de Mijolla-Mellor)