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 Le Site de fabienpsy.com

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Ces ados qui nous interpellent

 

 

 

Mon parcours professionnel s’est construit, dans un premier temps autour de rencontres auprès de personnes âgées dépendantes, puis de personnes handicapées mentales et physiques et enfin auprès d’enfants et d’adolescents placés en Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS), ce que l’on appelait, dans le temps, la Ddass.

 

Ma sensibilité vis-à-vis des personnes en difficulté d’être m’a amené à situer mon action dans la relation d’aide, de soin et d’accompagnement.

 

Mes rencontres dans le secteur de l’éducation spécialisée m’ont conduit à une réflexion qui porte sur le rôle de l’éducateur … et plus spécifiquement dans le cadre de l’accompagnement et de l’inscription dans la réalité.

 

A partir de mes interrogations sur l’accompagnement du parcours de fin de vie des personnes âgées, sur l’aide à la communication et l’échange avec des personnes handicapées mentales et paucirelationnelles (avec peu de relations) et sur le suivi d’adolescents en souffrance, j’ai pu déterminer le point commun, l’axe autour duquel s’articule mon action, à savoir la parole – la parole comme enveloppe contenante (cf. D. Anzieu), la parole comme signifiante, la parole qui libère, la parole comme mode d’intégration et d’adaptation à la réalité.

 

Les grandes étapes de mon travail portent sur l’analyse des frustrations (occasionnées par l’épreuve de la réalité – voir article publié "Principe de plaisir & principe de réalité") ainsi que sur la contenance et la remédiation de ces dernières.

 

Il s’agit d’accompagner un sujet dans la mise en mots, dans la conscientisation et la distanciation des événements du vécu personnel afin de parvenir à une meilleure inscription dans la réalité.

 

En effet, mes observations m’ont montré que lorsqu’une personne colle à la réalité, à une réalité vécue comme persécutrice, la souffrance ressentie est source de divers troubles (du comportement, de la personnalité) et de divers symptômes (inhibitions, somatisations, etc).

 

Face à ce constat, je me suis questionné sur le sens que revêt pour moi l’éducation et sur l’action que je pouvais mettre en place dans ma pratique en vue de réduire ces troubles.

 

Lors d’un stage de deux fois cinq mois, que j’ai eu l’occasion d’effectuer en MECS, j’ai, à plusieurs reprises, fait l’expérience de la violence quasi incoercible dont certains usagers étaient empreints et victimes malgré eux.

 

Je me suis d’abord attaché à comprendre et à analyser les raisons de la colère.

Dans un second temps, j’ai voulu cerner les déclencheurs de cette colère et enfin, les divers moyens non pas de supprimer cette colère mais plutôt de canaliser et transformer cette dernière.

 

Lorsque s’accumulent les tensions, arrive le temps où elles ne parviennent plus à être contenues ; elles vont alors se résoudre, "s’exuter" dans un jaillissement épars et incontrôlable, avec force et intensité. Cette manifestation agissant à l’instar d’une soupape de sécurité.

 

L’éducateur voit alors sa fonction contenante mise à mal et se trouve parfois limité à réduire les sources qui alimentent cette décharge.

 

Lorsque la composante hystérique est partie prenante, la soustraction du spectatorat désarme en partie la crise.

 

Dans le temps de la post-crise, la parole peut être apaisante, pacifiante.

 

Du choix des mots utilisés dépendra l’action apaisante des propos. Le ton de la voix sera également important pour ne pas donner à nouveau prise à la crise.

 

Ultérieurement, l’analyse des raisons, des causes et du déroulement de la crise, faits avec recul et relativisation participent au détachement, à une forme de désaliénation.

 

 

 

LES OUTILS … DU PRATICIEN DE LA RELATION

 

 

Pour ma part, je pense que la profession d’éducateur peut se caractériser par la possibilité de partage des périodes, des instants de vie avec les jeunes dont on a la charge pour leur permettre de mieux se situer vis-à-vis d’eux-mêmes et de leur environnement.

 

L’action éducative se situe alors dans le partage d’un vécu quotidien, par l’intermédiaire d’échanges verbaux (et non verbaux) et d’activités, ainsi que l’engagement de l’éducateur dans un ici et maintenant, dans une présence active auprès des jeunes qui lui sont confiés.

 

Pour Gilles Gendreau (in « L’intervention psychoéducative. Pour qui ? Pourquoi ?, 1990, p.79), l’éducateur est « un thérapeute dans et par l’événement quotidien » (même si le mot de thérapeute est rejeté par certains, il n’en demeure pas moins vrai que ce terme, dans son sens large, signifie celui qui prend soin de).

 

Jacques Mercier dit que « la démarche éducative s’effectue par le biais d’une présence constante de l’éducateur au vécu émotif du jeune. Cette présence constante que l’on peut appeler relation se bâtit au fil des situations à partir du ressenti de l’éducateur ».

 

 

 

« S’exprimer, exprimer correspond à un rôle de communication remplie lors d’une interaction sociale » (Goffman)

 

La communication, mise en commun, existe entre un émetteur et un récepteur. La communication crée du lien. C’est un échange.

 

La perception que nous avons d’autrui est, dans un premier temps éloignée de la réalité d’autrui car elle se base sur ce qui est donné à voir, sur des apparences.

Ces apparences biaisent la communication d’autant plus qu’il est difficile de connaître sa propre réalité, sa propre identité psychique alors même qu’elle est encore en voie de construction, d’assimilation.

 

Les adolescents plus particulièrement oscillent entre ce qu’ils sont vraiment, au fond d’eux-mêmes et des types d’apparence qui résonnent tels de faux-self (Winnicott) : c’est là le prix de l’équilibre psychique, équilibre tant bien que mal, source de dysharmonie.

 

L’adolescent se situe dans ce double mouvement de connaissance de l’autre et de connaissance de soi.

 

Quand on ne sait pas, on peut imaginer (ce qui comble le vide insupportable) mais l’imagination nous éloigne de la réalité.

 

Si le représentant du monde des adultes se montre tellement inaccessible, comment l’adolescent peut-il ne pas se décourager en face d’un devenir adulte trop éloigné de lui ?

 

C’est à l’adulte, ancien adolescent lui-même, d’aller vers l’adolescent , de lui tendre la main en disant : « Viens avec moi, je te montre le chemin … et je vais marcher, non pas à ta place mais à tes côtés, je vais respecter ton rythme ».

Lorsque la parole n’a rien à dire, le corps parle à sa place, avec le langage qui est le sien : ainsi ils deviennent parfois des maux.

 

Là où la raison n’a pas ou plus le droit de "siter" (citer), la déraison s’installe, laissant le sujet seul avec sa douleur et son désarroi.

 

Ne pas coller aux émotions, se dégager de l’écueil de la FASCINATION … qui rend aveugle (cf ; P.Quignard in « Le sexe et l’effroi »).

 

« Les démons de ce monde sont ceux que nous avons dans le cœur et c’est là que doivent se livrer tous nos combats » (Gandhi).

 

 

ETUDE DE CAS

 

 

J’ai réalisé cette étude de cas au cours, donc, d’un stage de 5 mois au sein d’un Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) accueillant un groupe mixte d’adolescents âgés de 14 à 18 ans.

 

La structure se divise en 2 sous-groupes :

Un groupe dit « collectif » et un groupe dit « autonome ».

 

Le groupe collectif est composé de 5 adolescents âgés de 14 à 16 ans qui disposent chacun d’une chambre qu’ils partagent avec 1 ou 2 autres résidents.

Ils prennent leurs repas, préparés par les maîtresses de maison, ensemble dans la salle à manger. Une salle télévision est à leur disposition pour les soirées, week-ends et vacances.

 

Les 10 autres adolescents, quant à eux, sont chacun dans des studios individuels intégrés à la structure.

Leur autonomie est plus grande dans la mesure où ils sont seuls dans leurs studios. Ils gèrent leur budget d’alimentation eux-mêmes, ils font leurs courses, cuisinent leurs repas.

Chaque studio est équipé d’une kitchenette, d’une salle d’eau, d’une télévision.

Les jeunes « en autonomie » sont ainsi plus souvent confrontés à l’apprentissage de la solitude et appréhendent, dans les deux sens du terme, le fait de se retrouver seuls, le soir, avec eux-mêmes.

 

La plupart des adolescents sont scolarisés au collège ou en classe d’insertion, soit en cours d’apprentissage, pendant la journée.

 

Les motifs de placement par OPP (Ordonnance Provisoire de Placement, prononcée par le juge) sont liés à des carences affectives, éducatives ou à des maltraitances.

 

Je voudrais préciser que la MECS, qui accueillait auparavant (et depuis plus de 20 ans) des enfants (de 5 à 11 ans) ainsi que des adolescentes (sans mixité), a vécu une restructuration entraînant la mise en place d’un nouveau projet institutionnel juste avant le début de mon stage.

 

C’est dans ce contexte nouveau pour l’équipe éducative et pour les usagers que je suis arrivé.

 

J’ai d’emblée était frappé par la présence d’un seul éducateur homme (sur 10 membres de l’équipe) et le climat de violence latente ou manifeste tant de la part des garçons que des filles.

 

En effet, il m’est apparu dommageable qu’une structure accueillant une population mixte ne reflète pas mieux la mixité au sein de l’équipe éducative.

 

Les possibilités identificatoires des garçons sont alors restreintes, in situ.

Les modèles et références masculines n’offrent qu’un étai a minima.


Mon arrivée en tant que stagiaire homme a été vécu comme un plus par l’équipe ainsi que par les adolescents, en demande de représentants du genre masculin.

 

 

J’ai rapidement tissé des liens avec Goliath*, un jeune homme de 17 ans.

 

Goliath est issu d’une culture antillaise et il est né et a vécu en métropole, dans une cité.

Après 14 ans passés au sein de sa famille, le départ subit de son père puis la venue d’un beau-père au sein de la cellule familiale, ont modifié le parcours de Goliath.

 

Même s’il n’était pas un élève très assidu et travailleur, il n’en demeurait pas moins inscrit dans sa scolarité.

Au départ de son père, Goliath va prendre la place de l’homme de la maison.

Vivant auprès d’une mère faisant montre de peu de maturité quant à ses responsabilités, Goliath va « assurer » des fonctions, qui n’étaient pas les siennes, car elles n’étaient plus remplies par son père.

C’est lui qui va « gérer la famille » pendant plus d’un an : il s’occupe des courses, du ménage, de ses sœurs puînées … la mère préférant les sorties tardives en discothèques.

 

L’arrivée du beau-père, quelques temps plus tard, va bouleverser ce fonctionnement établi.

Goliath va alors se sentir doublement destitué : destitué de sa place de chef de famille, et destitué de sa place d’homme auprès de sa mère.

En effet, le beau-père est le nouvel homme de la mère, et entend bien faire lui-même respecter la loi, sa loi au sein de la famille… ce qui n’ira pas sans heurts entre Goliath et le beau-père.

Goliath vit très mal cette situation qui lui est imposée.

Un soir, une altercation dégénère et se résoud dans la violence entre les deux hommes.

Le beau-père aura le dernier mot, Goliath décide alors de quitter le foyer familial.

 

Après quelques mois d’errance où Goliath sera hébergé çà et là chez des copains, se livrant à des trafics de stupéfiants. Les services de police l’intercepteront suite à une agression avec coups et blessures sur une personne.

Au vue de sa situation, le juge pour enfants ordonnera un placement en foyer.

L’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) confiera Goliath à la MECS sans le placer, préalablement, dans un foyer d’accueil d’urgence. L’orientation de Goliath vers la MECS ne découlera donc pas d’un bilan d’observation.

 

La quasi absence d’éducateurs hommes sur la structure va permettre à Goliath de retrouver une place de chef et il va tout mettre en œuvre pour y parvenir.

Mais la situation malgré des ressemblances n’est pas identique : les éducateurs assument leurs responsabilités vis-à-vis des jeunes qui leur sont confiés et n’entendent pas se laisser déloger de la place qui est la leur. Goliath va tenter d’imposer sa loi.

Il s’affronte alors à la loi représentée par les éducateurs qui en sont les garants.

 

Déplacé de sa famille, placé en foyer, il cherche une place, sa place.

Subissant de plein fouet la castration symbolique du beau-père, il s’efforce de se faire respecter par la force : il met alors en place un mode de relation basé sur le caïdat, n’acceptant qu’une seule loi (la sienne), la loi du plus fort, la loi de la jungle.

 

Etant lui-même moins fort que son beau-père (qui, lui, conserve la mère), il comprend qu’il ne peut pas « tuer » le père et prendre sa place.

Il va alors déplacer ce conflit interne sur la structure éducative, car ce conflit n’est pas résolu.

 

Au lieu d’adopter une attitude qui force le respect, il va plutôt chercher à imposer le respect.

 

Son attitude au sein de la structure se montre problématique : il ne veut pas obéir, il veut qu’on lui obéissent.

S’en suivent ainsi maintes altercations plus ou moins violentes, plus ou moins verbalisées, tant vis-à-vis des autres résidents que des éducateurs.

 

Même lorsqu’il est calme et sans tension, Goliath montre un malin plaisir à provoquer, à provoquer la peur. Celui qui a peur lui est soumis, et c’est ce qu’il recherche.

Car enfin, celui qui terrorise n’est pas celui qui est terrorisé.

 

Faut-il qu’il soit lui-même victime de quelques terreurs pour terroriser ainsi les autres ?

 

Quant je pense à lui, il m’arrive de voir ces chiens, qui aboient d’autant plus qu’ils sont petits et vulnérables, montrant ainsi de l’agressivité ; ce qui est rarement  le cas chez les chiens qui sont sûrs de leurs capacités à se défendre.

Je conçois que la comparaison avec des chiens – ces animaux – puisse être surprenante voire inappropriée, mais l’image véhiculée par les chiens qui défendent leur territoire ressemble, malgré tout, un peu à certaines attitudes de Goliath.

 

Dans ce jeu (qui, au fond, n’a rien de ludique ), c’est à "celui qui pisse le plus loin".

 

Ma relation avec Goliath s’est établie d’une façon classique : curiosité et méfiance au départ, puis tentatives de provocation (en guise de tests) mêlées de tentatives de séduction.

 

J’ai veillé à toujours – autant que faire se peut – avoir une attitude respectueuse vis-à-vis de lui, de ce qu’il était, de ce qu’il vivait.

J’ai veillé à ce que mes paroles, mes actes ne soient pas vécus comme des injures adressées à sa personne.

J’ai veillé, comme le dit Psyblog, à ne pas tendre trop l’élastique de notre relation.

 

Présent dans les moments de faiblesse, l’aidant à trouver ses mots, à se parler à lui-même, de lui-même, de cet être qu’il est et qu’il découvre au fil du temps qui passe.

Jouant le contre poids lorsque sa balance narcissique perdait l’équilibre.

Lui parlant d’homme à homme (comme l’on parle à un alter égal), et lui parlant comme un homme parle à un homme.

Le réconfortant quand tout semblait s’écrouler autour de lui, quand il sombrait dans un désespoir sans fond, où les paroles de vérité prononcées avec bienveillance et chaleur réussissaient à tendre une main à laquelle il se raccrochait, à laquelle il acceptait de se raccrocher.

 

Quand il en avait le besoin, il savait qu’il pouvait compter sur mon support.

 

Lorsque ses angoisses lui laissaient du répit, il se montrait fort agréable, plein de vie et d’affection.

Il reprenait du poil de la bête, comme on dit.

 

Lorsque, ne tenant plus, ses crises de colère, de violence se déclenchaient et se manifestaient en passages à l’acte, mon attitude est toujours demeurée empreinte de calme.

J’étais présent. Sur les lieux. A voir et entendre ce qui était donné à voir et à entendre.

Alors, j’écoutais, je regardais … respectueusement.

Parfois, je le regardais dans les yeux, sans mot dire, mais avec ce regard qui parle et qui dit : « je vois bien que tu souffres, toi et moi savons bien que ton agressivité n’est pas la solution la plus satisfaisante ».

J’ajoutais souvent, après, quelques mots prononcés avec calme, considération et compréhension (j’ai été un adolescent moi aussi, avant lui, et j’en ai gardé des souvenirs).

 

Ceci étant, je ne dérogeais pas à ma position de représentant de la loi – si structurante.

Et il me trouvait aussi même lorsque, selon lui, il n’avait pas besoin de moi.

 

Il m’arrivait de m’adresser à lui en reprenant les paroles de certaines chansons qu’écoutent les jeunes, comme le rap ou le RnB qu’ils m’ont fait, avec un grand plaisir, découvrir … à moi qui ne connaissais rien à cette culture musicale.

 

J’ai fait un effort pour apprendre leur culture et, ils ont spontanément fait un effort pour mieux apprendre la mienne. On a un peu déteint les uns sur les autres, pas de manière à en être délavés mais de façon à devenir plus riches chacun de ce que l’autre lui a apporté.

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente. » (A. de Saint-Exupéry)

 

Lorsque l’on a l’opportunité de prendre du temps, non seulement d’agir avec les adolescents – que ce soit en allant jouer au foot avec eux, lors d’un après-midi au karting ou au cinéma … - mais également pour les écouter, entendre ce qu’ils disent, ce qu’ils nous disent, alors on peut, à l’occasion, leur donner les clés qui ouvrent les portes sur l’avenir.

 

Moqueurs, je devrais dire affectueusement moqueurs, les adolescents du foyer m’avait attribué un surnom, ce qui me flattait car je considérais cela comme une délicate attention à mon égard, une façon d’exister en eux. Ils m’acceptaient parmi eux, dans leur chez eux, dans leur vie.

Ce surnom, en écho de ma petite taille, était "Passe-partout", oui, le nain qui est le gardien des clés dans l’émission de télévision "Fort Boyard" !

Pour être plus précis, ils s’étaient montrés au début plus subtils : ils me faisaient signe de la main en indiquant le chiffre 4 avec les doigts – geste que ne manque jamais de faire le fameux Passe-partout.

Comme un préambule qui servait de test pour savoir si je n’allais pas m’offusquer trop fortement de ce surnom ?

Quant ils m’ont surnommé, j’ai souri, je leur ai demandé pourquoi ce surnom. Ils ont répondu que je lui ressemblais. J’ai ri.

 

L’établissement n’étant pas un centre fermé, les adolescents peuvent sortir, ils ne sont pas dans une prison.

 

Mais, je me trouvais avec ce surnom de gardien des clés (me voilà en pleine mythologie. Clés du paradis, de l’enfer, clés de l’énigme ?) issu du personnage d’un jeu d’épreuves dont la réussite ou l’échec a des conséquences sur le résultat final du jeu.

Et puis, un passe-partout, c’est une clé servant à ouvrir plusieurs serrures. Une personne passe-partout est quelqu’un qui convient partout, à tous.

C’est celui qui passe/va partout, dans tous les endroits – même les plus reculés – et qui ne fait que passer, celui qui rend visite un moment et repart.

Non ! Passe-partout n’est pas un squatteur !

Le témoin de ce qui se "passe partout" ?

 

Bref ! Je me suis senti plutôt flatté.

 

A mon tour, je me suis risqué, çà et là, à lancer quelques petites piques gentiment moqueuses.

 

J’ai eu recours, un soir, à ce DVD du 2ème spectacle de Djamel Debouzze que j’avais vu récemment et qui, sous couvert de l’humour, proposait une critique constructive de la vie des adolescents, de leur comportement.

Cet humoriste aimé par les jeunes, dits difficiles, a su capter leur attention pendant 1h30 et, bien mieux que de longs discours moralisateurs, a su faire passer un message.

 

A la fin du spectacle, s’en est suivie une conversations enrichissante au cours de laquelle chacun a pris part, tantôt en reprenant des passages du DVD, tantôt en émettant l’hypothèse qu’untel parfois se comportait comme un des personnages joué par Djamel.

 

Ces moments sont favorables à l’élaboration.

Ma présence parmi eux à ce moment me permettait, avec mon expérience, d’apporter un point de vue supplémentaire et différent.

 

 

Revenons-en à Goliath qui faisait des progrès, à son rythme.

Mais, vous le savez, Rome ne s’est pas faîte en un jour.

 

Alors qu’il avait pris des marques, ses marques au sein de la structure éducative, il fut réorienté vers un autre centre inconnu pour lui.

Tout l’univers qu’il s’était progressivement construit dans le centre s’est écroulé à l’annonce de son départ.

Il a beaucoup pleuré.

J’ai mis des mots sur ses pleurs. Il ne pouvait plus parler.

 

J’ai ressenti un pincement car je le trouvais attachant … et chiant aussi, à d’autres moments. Attachiant serait le mot qui conviendrait le mieux.

Oui, il était attachiant … et je m’y étais attachié.

 

Il a demandé à ce que ce soit moi qui l’accompagne vers son nouveau lieu de vie.

Je lui ai remis le poème de Kipling, "Si…", avec une dédicace personnalisée.

 

Et nous nous sommes quittés.

 

Il était réellement triste, effondré à cause de cette situation qu’il avait, indirectement provoqué (voilà une autre provocation !).

En effet, après avoir réussi à intégrer une formation en apprentissage qu’il abandonnât 2 mois plus tard, un ultimatum lui fut posé : reprendre une activité scolaire (ou un autre projet éducatif) ou quitter le foyer.

Il a bravé, tant qu’il a pu, attendant le moment où le couperet tomberait, où la réalité aurait raison de lui.

Ce coup-ci, il n’avait pas gagné, il n’était pas cet omnipotent qu’il voulait être.

 

Quelques temps auparavant, le voyant sans projet, j’étais allé avec lui rencontrer un militaire qui avait exposé à Goliath les diverses possibilités de carrière que l’armée offrait.

 

Je pensais, sans être un adepte du militarisme, que cela pourrait lui convenir.

 

Peut-être un jour le croiserai-je. J’y pense parfois.

Avec un béret ? Ou tout autrement ?

 

 

 

 

 

fabienpsy.

 

 

 

[*Ce prénom est un pseudonyme.]