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 Le Site de fabienpsy.com

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LE   DEUIL

 

 

 

APPROCHE  PSYCHOLOGIQUE  DU  PROCESSUS  DE  DEUIL

 

Définition :

 

C’est la réaction à la perte d’une personne aimée (ou d’une abstraction venue à sa place : la liberté, la patrie, un idéal …).

Le concept de deuil implique un processus dynamique complexe qui met en jeu la personnalité totale de l’individu (ses attitudes, ses défenses, ses relations aux autres …).

 

Étymologiquement, le mot deuil se rattache au latin dolore, "souffrir" et au mot duel (12e siècle).

 

 

Description :

 

Il se caractérise par :

- une humeur douloureuse,

- une perte d’intérêt pour le monde extérieur,

- une perte de la capacité d’aimer,

- une inhibition de presque toute activité.

 

Le processus de deuil se rapproche en cela des états dépressifs et mélancoliques marqués par la problématique de la perte.

 

 

Principales phases du deuil :

 

1- Idéalisation de l’objet perdu (de la personne aimée).

2- Introjection ("jeter dedans") de cet objet perdu idéalisé avec un désinvestissement presque total de la réalité extérieure au profit de cette seule identification massive à l’objet perdu.

3- Détachement progressif de la libido (de l’investissement affectif) qui s’était fixée sur cet objet intériorisé, d’où la possibilité retrouvée de nouveaux investissements affectifs.

 

La mélancolie apparaît si seules les phases 1 et 2 sont présentes.

 

Il peut y avoir un détachement sans qu’il y ait eu introjection, lors d’un déni de la perte.

 

 

Aperçu des problématiques :

 

- Le travail du deuil est accompli lorsqu’il y a détachement (selon Freud, c’est le travail de "Tuer le mort" qui continue d’exister psychiquement).

 

- Le problème de l’ambivalence et de la culpabilité : on peut se sentir coupable d’en vouloir à l’objet perdu de nous avoir abandonnés. On haït et on aime en même temps l’objet perdu, d’où l’ambivalence.

« Tu hais le mort ».

 

- Le problème de l’identification massive à l’objet perdu : comme on reproche à l’objet de nous avoir abandonnés et que l’on s’identifie nous-mêmes, dans le même temps, à cet objet (« Tu es le mort »), cela revient à s’accuser soi-même, à être l’abandonné et l’abandonneur.

 

 

« […] on doit tenir compte également du problème de l’ambivalence, qui fait que l’on éprouve simultanément de l’amour et de la haine contre l’objet. A cause de la haine, on attaque la partie du Moi identifiée à l’objet en l’humiliant, et l’on retire une satisfaction sadique de cette souffrance.

Ce sadisme éclaire pour nous une des énigmes de la tendance au suicide. »

(Extrait "Culpabilité et dépression" de L. Grinberg).

 

 

Un peu d’ethnologie :

En 2006, Charles Stewart a réalisé un documentaire sur le peuple Hamar, peuple pastoral du sud de l’Ethiopie.

Le peuple Hamar vit en clan, dans des maisons en bois, et se nourrit de la récolte, du miel ainsi que du bétail, constitué de chèvres et de quelques vaches.

La vie des membres du clan est rythmée par divers rites de passage (pour devenir homme ou femme, pour se marier, … et pour le deuil).

 

Ayant perdu son père, le fils entouré par le clan va, dans un premier temps rendre hommage au défunt, en chantant, en le louant toute une nuit.

 

Le père sera ensuite remplacé (représenté, symbolisé) par une pierre qui sera placée sous un abri construit pour l’occasion, et cela pour une durée déterminée.

 

Puis, avec la présence des Anciens (ceux qui ont déjà accompli le rite du deuil), le fils va sacrifier, tuer des chèvres – accepter de perdre une chèvre, c’est accepter de perdre quelque chose qui a de la valeur.

Les femmes, elles, sautent à pieds joints sur une peau de vache (qui servait de tunique au père), afin d’inciter l’esprit du défunt à partir.

 

Le rite du deuil permet à l’esprit du mort de s’en aller parmi les désormais siens, et donc de ne plus rester parmi les vivants.

Si le rite, qui se déroule sur plusieurs jours, n’est pas accompli alors l’esprit du défunt devient une menace pour la famille et le clan.

 

Une fois les chèvres tuées, il va pouvoir reprendre la pierre sous "l’autel" et la porter avec les Anciens dans une clairière où d’autres pierres (représentants les "déjà-morts-avant") sont posées côte à côte. La pierre est déposée parmi les autres. Une dernière prière est dite, pour souhaiter à l’esprit de rejoindre le royaume des morts.

 

Le fils reçoit alors officiellement la maison de son père où il va habiter, en lieu et place de son père.

C’est lui qui désormais dit les prières, entouré par les membres de la famille.

Il est devenu un Ancien.

Il doit, en outre, ne surtout plus prononcer le nom de son père défunt, sous peine de grands malheurs.

 

Toutes ces cérémonies rituelles ont pour objectif de tuer le mort pour s’assurer qu’il ne reviendra pas.

 

Les membres du clan sont omniprésents lors de ces rites. Ils accompagnent le fils dans son épreuve comme il l’a lui-même fait pour d’autres, en d’autres temps.