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SEZNEC GWÉNOLÉ

VIENNE THIBAUT

Licence des sciences de l'éducation - Année universitaire 2005/2006.

 

Dossier de théories et pratiques de l’apprentissage.

                     Sujet: L'hospitalisme.

 

 

Sommaire

1 Définitions.........................................................................................................3

1.1 Carence affective....................................................................................... 4

1.2 Processus d'adaptation............................................................................... 6

2 Conséquences d'une carence affective............................................................. 8

2.1 Processus affectés par la carence...............................................................8

2.2 Facteurs influant sur l'étendue du dommage causé par une séparation... 10

3 Mesures préventives et curatives....................................................................11

4 Syndrome d'hospitalisme (Spitz)....................................................................12

4.1 René Arped Spitz.....................................................................................12

4.2 Ses théories.............................................................................................. 13

5 Apports d'autres auteurs................................................................................. 21

5.1 La triade du syndrome dépressif de Kreisler........................................... 21

5.2 Les conditions étiologiques de Bowbly...................................................21

5.3 Boris Cyrulnik et Françoise Dolto...........................................................22

Sources.............................................................................................................. 23

 

1 Définitions

L'hospitalisme est un trouble mental qui peut toucher à la fois l'enfant et le

vieillard. Il est provoqué par un placement prolongé en institution tel qu'en hôpital, en

crèche, ou encore en centre de cure.

Pour les enfants, il est essentiellement dû à la séparation d'avec leur mère.

Pour les vieillards, la cause essentielle est le changement d'environnement et

d'habitudes.

Le nourrisson va avoir différentes façons d’exprimer un vécu dépressif. Parmi ces

troubles (non spécifiques de la dépression), on distinguera :

Des expressions somatiques:

Anorexie1

Tristesse,

Insomnie,

Agitation,

Mérycisme2

Asthénie3,

Arrêt ou retard de croissance,

Difficultés scolaires;

1 Anorexie: trouble du comportement alimentaire se manifestant par une diminution de l’appétit, voire par une perte

totale d'appétit. Il s'agit d'un comportement de restriction alimentaire volontaire d’origine psychologique dont les

causes sont difficiles à expliquer.

2 Mériycisme: comportement pathologique de rumination d'aliments d'abord déglutis puis régurgités et mastiqués

sans arrêt.

3 Asthénie: affaiblissement général de l’organisme se traduisant par un état de fatigue et pouvant entraîner des

insuffisances fonctionnelles multiples.

 

Des expressions comportementales, comme un changement de comportement

chez le nourrisson, avec désintérêt progressif pour la relation, pour les activités, pour

les jeux

Le retard de développement psychomoteur, langagier qui survient après

quelques semaines

Il n’est pas rare d’observer plusieurs signes chez le même enfant

Chez l'enfant, l'hospitalisme, appelé également arriération affective, favorise

l'apparition de névroses (affection nerveuse se traduisant par des conflits psychiques

et des troubles du comportement, mais altérant peu la personnalité du sujet) et de

psychoses (maladie mentale dont le sujet n'est pas conscient et qui se caractérise par

la perte du contact avec le réel associée à une altération de la personnalité).

Ce trouble mental existe aussi chez la personne âgée et est appelé syndrome de

glissement4.

Pour réaliser un développement affectif harmonieux, le nourrisson doit pouvoir

bénéficier, à travers les échanges avec sa mère ou tout adulte prenant soin de lui :

une plénitude des apports affectifs,

une souplesse d’adaptation à ses besoins,

une stabilité de la relation (Kreisler, 1987)

4 Syndrome de glissement: détérioration rapide de l'état général déclenchée par une affection aigüe qui, en l'absence

de prise en charge thérapeutique adaptée, évolue vers la mort en quelques jours, un mois maximum, dans un tableau

de défaillance multiviscérale et de dépression sévère.

 

1.1 Carence affective

On désigne par carence affective ou carence en soins maternels, une insuffisance

quantitative ou qualitative d’interactions entre l’enfant et sa mère.

Cette carence peut apparaître dans ces différentes situations :

La mère est absente : il s’agit de nourrissons qui vivent dans une institution

(pouponnière, hôpital) où ils ne trouvent pas de substitut maternel adéquat, et

qui reçoivent un maternage insuffisant. On aura ici une carence sévère, qui

peut devenir psychopathogène et génératrice d'inaffectivité si elle se fait tôt

dans la vie de l'enfant (avant deux ans) et si elle dure longtemps.

Le nourrisson est séparé de façon itérative de la mère. Il va souffrir de cette

discontinuité des soins (Ex : hospitalisations répétées du bébé ou de sa mère,

placements répétés) on parlera ici de carence larvée.

Le nourrisson vit avec sa mère qui est en difficulté pour lui fournir un

maternage adéquat.

Les mères déprimées : la dépression maternelle représente l’étiologie la plus

fréquente. Ces enfants sont soumis à un changement plus ou moins brutal dans

la disponibilité affective de la mère. Dans certains cas, le tableau dépressif est

manifeste, dans d’autres cas il s’agira d’un tableau beaucoup plus latent,

masqué, la jeune mère se plaignant d’asthénie, de plaintes somatiques, mais

continuant de s’occuper de son foyer. Il s’agira souvent de mères endeuillées

ou déçues dans leur vie affective, familiale et sociale.

Les familles dans lesquelles le couple parental est en souffrance, aux prises

avec un comportement marqué par la violence, l’incohérence.

Les maladies congénitales ou acquises chez les bébés, peuvent être également

 

des occasions, pour plusieurs motifs, de voir se développer une dépression

chez le bébé. Il s’agira en effet de situations entraînant des séparations

(hospitalisations) et une difficulté dans l’investissement affectif de l’enfant par

ses parents.

La carence peut donc être aussi bien extra-familiale qu’intra-familiale, comme le

montrent les quatre dernières situations.

La dépression peut être considérée comme une réponse émotionnelle déclenchée

par des expériences de manque ou de perte d’un lien affectif privilégié. Il peut s’agir

de pertes réelles, prolongées ou définitives (décès, placements), de séparations

temporaires, de séparations répétées ou de pertes fantasmatiques, à savoir le

sentiment de « ne plus être aimé » sans événement dans la réalité.

Cette réponse émotionnelle est marquée par un état d’impuissance, de désespoir et

de résignation face à une souffrance psychique liée précisément à une perte, à un

manque, perte de l’objet aimé mais aussi perte de l’état affectif de bien-être qui lui est

étroitement attaché. « Ce que tout jeune enfant sent, c’est qu’il a perdu sa mère ; ce

qu’il a réellement perdu, ce n’est pas uniquement la mère, mais aussi le bien-être

impliqué dans leurs relations » (P. Mazet 2000).

Le bébé va dès lors manifester une altération de « l’appétit pour la vie ». En dehors

d’une prise en charge adéquate, ceci aura de graves répercussions sur son

développement global.

1.2 Processus d'adaptation

Robertson a décrit un processus d’ "adaptation" de l’enfant au milieu hospitalier en

trois phases :

La protestation. Première étape observée lorsque l’enfant est admis à

 

l’hôpital. Elle peut durer de quelques heures à quelques jours. L’enfant,

abandonné, effrayé par ce milieu inconnu, cherche en hurlant à faire revenir sa

mère, c'est une technique dont il a compris l'utilité: faire revenir sa mère quand

celle-ci n'est plus à portée de vue. Il crie, secoue son lit, s’agite et tressaille au

moindre bruit lui faisant espérer le retour de sa mère. Il repousse les infirmières

qui essaient de le consoler.

Le désespoir. L’enfant est dérouté: il a toujours besoin de sa mère mais se

décourage devant l’inefficacité de ses appels,. Il pleure souvent mais de façon

monotone et intermittente. Il reste apathique dans son lit, il se renferme sur luimême:

c’est le stade qualifié "tranquille" (repliement, inactivité, profonde

tristesse) qui est souvent interprété, par erreur, comme une diminution de la

détresse et une adaptation au milieu. L'enfant n'exprime aucune demande à

l'environnement et relâche ses efforts de reconquête de la mère qu'il semble

tenir comme disparue pour toujours. C’est ce stade qui est à l’origine des

nombreuses controverses sur les avantages ou les inconvénients des visites :

l’enfant était calme jusqu’à la visite de sa mère dont le départ l’a de nouveau

fait hurler, il ne faut cependant pas interdire les visites de la mère, ce ne serait

être la solution.

Détachement ou refus. C’est la 3° phase où l’enfant a vraiment l’air de

s’adapter. Il accepte les soins, s’intéresse à ce qui l’entoure, à la nourriture, aux

jouets etc... Le personnel peut avoir l’impression que l’enfant devient heureux.

Ne pouvant supporter l’intensité de cette détresse, l’enfant s’accommode

progressivement de la situation et réprime ses sentiments pour sa mère qui n’a

pas su voir ses besoins. Lorsqu’elle vient aux visites, il la regarde à peine et

semble s’en désintéresser totalement lorsqu’elle repart. C’est une situation

calme mais comme l’écrit Robertson, "c’est sûrement une chose déconcertante

qu’un enfant aussi jeune puisse sembler avoir perdu tout amour pour sa mère et

 

son attachement à elle".

À la fin de cette période de séparation, l'enfant peut présenter des réactions au

domicile de ses parents telles que troubles du sommeil, refus alimentaire, énurésie,

tics, dépression, mutisme, attachement excessif à la mère ou au contraire un apparent

détachement. Les parents doivent être prévenus de la possibilité de ces troubles afin

de pouvoir les prendre en charge le mieux possible.

2 Conséquences d'une carence affective.

Les effets de la séparation varient selon la phase de la réaction à la séparation dans

laquelle le sujet se trouve et qui dépend à son tour de facteurs tels que l'âge au

moment de la séparation, la durée de la séparation, l'existence d'un substitut maternel

pendant la séparation, le maintien de contacts avec les parents et la qualité de

l'adaptation et des relations avant l'épisode de séparation. L'hospitalisme est une

pathologie qui se soigne, mais un enfant qui a subi un grave traumatisme dans sa

petite enfance, des abandons successifs, une perte totale de repères, et ce d’autant

plus jeune et d’autant plus longtemps, peut présenter des carences irréversibles.

2.1 Processus affectés par la carence

La carence des soins maternels retentit différemment sur différents processus. Les

plus vulnérables semblent être:

certains processus intellectuels, et en particulier l'acquisition du langage et la

facilité d'abstraction;

divers aspects de la personnalité, tout spécialement l'aptitude à nouer et

entretenir des relations interpersonnelles profondes et significatives

(développement des réactions sociales), mais aussi l'aptitude à maîtriser ses

 

impulsions au profit d'objectifs à long terme.

Spitz a décrit en 1945 l'hospitalisme, terme caractérisant l'état d'enfants souffrant

de carences affectives massives et prolongées.

Ce syndrome se traduit par:

un retard du développement psychomoteur plus ou moins réversible;

des troubles du comportement allant de troubles simples de l'humeur à un

repliement autistique;

une fragilité physique, ces enfants étant plus souvent atteints d'infections

banales.

Un appauvrissement intellectuel et linguistique. On peut voir des retards

mentaux d’origine affective.

Un sentiment d’insécurité avec dévalorisation, angoisse d’abandon, donnant

lieu à des attitudes de revendication affective maladroites.

Une répétition de la carence affective à la génération suivante, par défaut

d’intériorisation d’une image parentale disponible sur le plan affectif.

La dépression anaclitique survient lorsque l'enfant est mis en état de frustration

après avoir vécu une bonne relation avec sa mère. La première description chez le

nourrisson a été faite par Spitz en 1946 : c’est la dépression anaclitique (anaclitique :

qui se repose sur quelqu’un ou sur quelque chose qui en dépend ; se dit en particulier

du jeune enfant dépendant des soins maternels). Ce tableau clinique est rare de nos

jours, mais il peut toujours resurgir si l’on n’y prête garde. La symptomatologie est

comparable à celle des dépressions de l'adulte, son évolution peut être favorable si

l'enfant retrouve de bonnes relations dans un délai de trois à cinq mois. Dans le cas

contraire, le pronostic rejoint celui de l'hospitalisme, avec en particulier le risque

d'une détérioration intellectuelle (évolution vers un état de marasme de plus en plus

inquiétant, tant sur le plan physique que psychique).

 

Le ralentissement progressif du développement général dont s'accompagne une

carence prolongée peut être arrêté ou même inversé s'il est mis fin à la situation

frustrante au cours des deux premières années de vie, et en particulier dans les douze

premiers mois.

Les enfants élevés en institution sont néanmoins toujours inférieurs aux enfants du

même âge en ce qui concerne l'intelligence générale, la mémoire visuelle, la

conceptualisation, la fonction verbale et l'adaptation scolaire.

2.2 Facteurs influant sur l'étendue du dommage causé par une séparation

Âge de la séparation: une séparation avant l'âge de 2 ans entraîne plus de

séquelles.

Le décès de la mère avant l'âge de 5 ans a des répercussions psychologiques

graves.

Placement prolongé en institution : l'impossibilité de nouer des relations

suffisantes avec une figure parentale et le sentiment de rejet par les parents

compromettent sérieusement l'apparition de réponses favorables vis à vis de

nouvelles figures parentales.

Existence ou non d'un lien mère-enfant déjà établi avant la séparation : le retard

est moins facilement réversible si ce lien existait et était de bonne qualité.

 

3 Mesures préventives et curatives

L’abord de la dépression du nourrisson est transdisciplinaire. Selon le contexte de

survenue, selon la gravité, différents spécialistes seront concernés pour organiser

l’environnement de la vie de l’enfant, les stimulations, l’approche relationnelle.

Les séjours hospitaliers peuvent être améliorés par:

l’aménagement de toutes les situations de séparation mère – enfant ;

les visites des parents;

la création de chambres mère-enfant permet le séjour de la mère à l'hôpital;

la présence de la mère aux moments les plus pénibles de l'hospitalisation.

l’accompagnement psychologique spécialisé de l’enfant et de ses parents, dans

les situations de carence ou de distorsion affective ;

la détection de la dépression maternelle ou de toute autre psycho-pathologie

rendant la mère moins disponible aux besoins affectifs de son bébé.

Les effets de la séparation peuvent être atténués par la préparation psychologique

de l'enfant, qui doit recevoir par le médecin (et non ses parents initialement) des

informations claires, simples et corrélées à son développement général sur les raisons

de son hospitalisation.

Chez le nourrisson, ces informations sont reçues par la mère, leurs effets (anxiété,

dépression,...) sont alors perçus par l'enfant à travers elle.

Si la présence de la mère durant l'hospitalisation est souhaitable, elle peut modifier

le comportement de l'équipe soignante, voire même devenir pesante (mère opposante,

contrôlante, ...).

 

4 Syndrome d'hospitalisme (Spitz).

4.1 René Arped Spitz

Psychiatre et psychanalyste d'origine hongroise, René Arped Spitz naît à Vienne en

1887 et meurt à Denver (Colorado) en 1974. Il fit sa carrière aux Etats-Unis où il

poursuivit l'oeuvre de Sigmund Freud. Son approche est originale puisqu'elle associe

les concepts psychanalytiques et les méthodes traditionnelles d'investigation

psychologique et d'observation directe du nouveau-né en situation, avec et sans sa

mère (utilisation du film, constitution de baby-tests et méthodes longitudinale et

transversale). Cette méthode, en elle-même originale, utilisera la psychologie

Américaine du comportement ("Béhaviorisme")

Portant sur plusieurs centaines d'enfants de races blanche, noire et indienne, et

venant de différents milieux socio - économiques, cette méthode infirmera ou

confirmera ses hypothèses fondées sur les états.

Ses travaux n'auront pas un but uniquement thérapeutique, mais aussi préventif.

Ses observations cliniques doivent fournir des indications pour les parents, les

pédagogues, les éducateurs... Il passera son temps à attirer l'attention de l'éducation

nationale, des pédiatres, des instituteurs sur les besoins affectifs du jeune enfant.

« René A. Spitz (1887-1974) a réalisé un travail systématique de recherche sur

le développement de l'enfant. Il s'est attaché à montrer à partir d'observations

directes la pertinence de certains concepts psychanalytiques. Son analyse porte

sur la description de l'organisation des rapports que l'enfant établit avec les

objets, notamment avec sa mère. Selon Spitz, le bébé est au départ dans une

situtation d'indifférenciation (c'est-à-dire qu'il n'a aucune capacité de

perception, de représentation et de volition), il est dans l'incapacité de pourvoir

à sa survie par ses propres moyens et ne se dégage de cette totale dépendance

 

qu'au cours du developpement. Contrairement à la théorie de Klein, on ne peut

donc parler ici ni de moi ni de surmoi chez le très jeune bébé. Le moi s'organise

seulement après le troisième mois, tout en possédant néanmoins des

précurseurs. Spitz estime en effet que « [...] le passage du somatique au

psychologique est continu et que par conséquent les prototypes des noyaux du

moi psychique doivent être cherchés dans les fonctions physiologiques et le

comportement somatique »5. Dans le domaine de la psychopathologie de

l'enfant, et plus spécifiquement des conséquences des privations, Spitz a été à

l'origine de la découverte des phénomènes d'hospitalisme et de dépression

anaclitique. »6

4.2 Ses théories

Ses recherches ont porté sur la naissance de la vie psychique chez le nourrisson.

Les stades de développement psychique décrits par Spitz sont assez proches de ceux

de Piaget concernant la genèse de l'intelligence. Ses travaux réconcilient, pour un

temps, psychanalyse et psychologie expérimentale. Seul l'âge d'apparition de ces

stades selon les deux auteurs a été remis en cause par les recherches modernes.

Convaincu de l'influence prépondérante de l'environnement sur la croissance de

l'enfant, Spitz a étudié les nourrissons placés en institution et a comparé deux milieux

différents. L'un était une crèche pénitentiaire où des mères emprisonnées s'occupaient

de leur bébé. Le deuxième était une pouponnière où les enfants, séparés de leurs

mères, bénéficiaient de l'hygiène, de la diététique et des soins médicaux assurés par

un personnel qualifié. Spitz fut le premier étonné des résultats. Le développement et

la santé des nourrissons "de prison" étaient de loin meilleurs que ceux de la

pouponnière, surtout lorsque ces derniers avaient vécu quelques mois avec leur mère

avant le placement. Ces enfants dépérissaient sur les plans physique et intellectuel

dans le cadre d'un véritable syndrome dépressif. Cet état, nommé "hospitalisme" est

5 De la naissance à la parole, 1965 p. 78-79

6 L'homme en développement, p132

 

dû à la séparation précoce d'avec la mère et à son non-remplacement par un

"substitut" convenable. En effet, si les besoins corporels des bébés étaient satisfaits,

le personnel, trop peu nombreux, ne pouvait combler leurs désirs affectifs et sociaux.

« Deux types de processus interviennent dans la croissance de l'enfant: les

processus de maturation, qui s'inscrivent dans le patrimoine héréditaire de

l'individu et ne sont pas soumis à l'environnement, et les processus de

développement, dépendants de l'évolution des relations objectales et de l'apport

de l'entourage. La maturation est définie comme Spitz comme « [...]

l'épanouissement de fonctions, organes, conduites, phylogénétiquement acquis,

par conséquent innés, propres à l'espèce, qui émergent au cours du

développement embryonnaire, ou qui sont maintenus en tant qu' Anlagen

[étayage] après la naissance, pour se manifester dans les étapes ultérieures de la

vie ». [... le développement, quant à lui est] l'apparition de formes, de fonctions

et de conduites qui sont le résultat d'un échange entre l'organisme d'une part, et

l'environnement, l'entourage, le milieu intérieur et extérieur d'autre part » (ibid.,

p. 5). On notera la proximité entre ces définitions et les présupposés du courant

psychanalytique de la psychologie de l'Ego, du point de vue d'une conception

biologique du fonctionnement mental qui considère le développement comme

une différenciation des systèmes organiques d'intégration et d'adaptation des

comportements pulsionnels. La finalité du développement est donc ici

l'adaptation externe et la synthèse interne. Selon Spitz, la vie relationnelle du

foetus est purement parasitaire et le nouveau-né se trouve initialement dans un

état d'anobjectalité. L'évolution psychologique est alors marquée par l'existence

d'organisateurs. »7.

La théorie de Spitz décrit la succession des stades aboutissant à la constitution

d'une représentation unifiée de l'objet, de l'anobjectalité à la symbolisation. Spitz

montrait ainsi l'importance des relations intersubjectives initiales dans le

développement du sujet. À partir de ces observations, les travaux de Spitz portèrent

sur la "construction du lien objectal".

Le stade pré-objectal du nouveau-né correspond au stade narcissique primaire de

Freud. Le nouveau né vit dans un état fusionnel. Sa vie est végétative. Il ne

7 L'homme en développement, p. 132

 

différencie pas le milieu extérieur qui l'entoure de sa propre personne. Il ne distingue

pas les sons qu'il produit de ceux qu'il entend du dehors. Cette perception confuse,

non distincte des différents éléments environnants est appelée "syncrétique".

Il n'établit une distinction que vers 3 mois grâce à la maturation de son système

nerveux et de ses organes perceptifs. C'est en effet à cet âge qu'il prend plaisir à

gazouiller car il se rend compte qu'il a un pouvoir sur les sons qu'il émet,

contrairement à ceux qui proviennent de l'extérieur. Le bébé ne perçoit le monde que

de façon discontinue quand il est calme et motivé. C'est ainsi par exemple que

l'énervement des cris de faim l'empêche de reconnaître le sein ou le biberon lorsqu'on

le lui présente. De plus, le nourrisson ne reconnaît le signal de la nourriture que

lorsqu'il a faim.

L'activité motrice est globale: ce sont les réflexes archaïques. Le rythme biologique

est gouverné par l'alternance faim-sommeil. Il y a entre la mère dont il dépend

entièrement et lui-même une unité circulaire faite d'échanges dans les deux sens,

appelée "dyade" dans laquelle la vie profonde maternelle constitue l'élément

dominant.

« Le stade anobjectal s'étend jusqu'à environ deux mois et correspond à une

période d'indifférenciation entre le sujet et l'extérieur, entre le dedans et le dehors. Ce

fonctionnement initial est caractérisé par un système de tension-absence de tension

qui répond à un principe de constance. Les affects ne sont pas différenciés, le

déplaisir étant le seul affect observable. Le plaisir n'apparaît donc pas, il existe

seulement un état de réduction de tension que Spitz nomme la quiétude. Au début du

deuxième mois, la perception de l'environnement se modifie, le nourrisson passe

progressivement d'une perception par le contact à une perception à distance. Le bébé

commence, selon Spitz, à percevoir visuellement une personne qui s'approche de lui,

personne qui dès lors prend place dans son monde (il ne réagit toutefois à un stimulus

 

extérieur que lorsque celui-ci entre en conïncidence avec une sensation de faim).

Dans les deux ou trois semaines qui suivent, il devient capable, lorsqu'il perçoit un

visage, d'en suivre les mouvements avec une attention soutenue alors qu'il ne réagit

pas aux autres éléments de son environnement. Une trace s'inscrit alors dans le

psychisme: « [...] Au cours des six premières semaines, une trace mnémonique du

visage humain s'imprime dans la mémoire du nourrisson en tant que premier signal

de la présence de la personne qui gratifie ses besoins; l'enfant suivra tous les

mouvements de ce signal avec les yeux » (R. Spitz, De la naissance à la parole,

Paris, PUF, 1968, p. 39). »8;

Le stade précurseur de l'objet ou réponse par le sourire correspond au

stade anaclitique de Freud. L'apparition du sourire qui apparaît vers deux trois

mois et d'une période de trois à six mois est le premier comportement actif,

intentionnel du nourrisson. Après une période où le nouveau-né ne fait aucune

distinction entre lui-même et son environnement, la réponse par le sourire

devant le visage de sa mère marque le début de la reconnaissance de cette mère

comme objet de son amour et est le premier organisateur. Il est un indice d'une

importante tranformation psychique, il témoigne de l'établissement d'une

relation pré-objectale et de la mise en place des premiers rudiments du moi.

Pour qu'il y ait reconnaissance du visage humain, il faut qu'il y ait déplacement

des investissements d'une trace mnémonique (représentation) à la perception,

déplacement qui correspond à l'activité de la pensée. Le sourire marque la

présence d'un moi en développement qui c'est distingué du ça. Il marqua aussi

le début des relations sociales. Ce sourire volontaire, le bébé l'adresse au visage

humain, à condition qu'il soit mobile et composé d'un front, de deux yeux et

d'un nez. Le nourrisson sourit au visage de face vers 3 mois. L'enfant reconnaît

le visage de sa mère entre 4 et 6 mois. Il y a la "bonne mère" et la "mauvaise

8 L'homme en développement, p. 296

 

mère". Le nourrisson les perçoit d'abord comme différentes avant de réaliser

qu'il s'agit de la même personne. La "mauvaise mère" est celle qui refuse la

satisfaction de ses désirs et envers laquelle il dirige son agressivité. La "bonne

mère" est celle qui lui permet d'assouvir ses envies et à laquelle il montre son

amour. Progressivement, les frustrations deviennent supportables parce qu'elles

annoncent une satisfaction prochaine. Ce renoncement momentané au profit

d'une satisfaction ultérieure est à l'origine du principe de réalité. La mère est

donc le point de rencontre de sentiments opposés d'agressivité et d'amour de la

part du nourrisson. Cette ambivalence est obligatoire et la mère qui essaierait

d'éviter toute frustration à son enfant entraînerait un état de dépendance qui

entraverait l'autonomie de ce dernier, en l'empêchant de prendre contact avec la

réalité.

Le second organisateur correspond à la réaction d'angoisse devant le visage de

l'étranger aussi connue sous le nom d'angoisse du huitième mois, il dure de

six à dix mois. Cette angoisse du huitième mois ou "peur de l'étranger" prouve

que l'enfant fait une différence entre ses proches et les autres. Sa mère est

reconnue comme un objet entier et en dehors des périodes de besoin, il lui

sourit même s'il n'a pas faim: la relation objectale s'est scindée de la finalité

biologique. Apparaît alors la disctinction entre les différents visages familiers

et étrangers. Dans l'apparition de l'angoisse, Spitz distingue 3 étapes:

le prototype physiologique des manifestations d'angoisse, simple état de

tension;

les réactions d'évitement, entre 4 et 6 mois, où l'enfant peut exprimer la

peur dans une situation qu'il connaît déjà pour l'avoir vécue un certain

nombre de fois et dont il a enregistré le caractère désagréable ou

douloureux ;

 

l'angoisse du huitième mois, perception intra-psychique spécifique.

Cet organisateur est lui aussi un indice du progrés du développement cognitif,

affectif et social. Elle est aussi l'indicateur d'une structuration du moi dont les

limites deviennent plus précises d'avec le monde extérieur et ou du ça. Si les

préoccupations de Spitz sont élognées de celles de Klein ou même de Freud, on

retrouve toutefois la même réalité: l'objet peut être perdu, et cette découverte

confronte le bébé à l'angoisse ... celle ci marque donc un progrès.

L'apparition du non dans le courant de la seconde année, il constitue le

troisième organisateur et implique par défintion un niveau minimum dans le

compétence du langage. Son premier "non" affirme son identité face à autrui.

Spitz souligne que le secouement de tête négatif est le premier mouvement

sémantique du bébé. Il semblerait que ces gestes soient des imitations du

comportement interdictif de la mère et d'une identification de celle-ci. En

secouant la tête, l'enfant indique à l'entourage qu'il est capable de juger, de

nier, d'exercer sa volonté, affirmant ainsi sa personnalité. Par le non, l'enfant

acquiert son pouvoir de jugement et permet une meilleure distinction entre lui

et l'objet maternel d'où une structuration plus précise des relations sociales. Le

non permet aussi le passage au monde des symbole et sgine le passage de

l'action à l'abstraction. La perception du "Non" est l'étape suivante: dès que

l'enfant sait marcher, il se trouve confronté à un grand nombre d'interdits et les

"non" se multiplient. L'enfant se trouve alors dans une situation délicate: il est

écartelé entre son désir et l'interdit frustrant, entre son amour pour sa mère et

son agressivité. Il adopte une solution de compromis et s'identifie à l'agresseur.

C'est l'âge du "non", lequel est support de l'agressivité.

Spitz décrit l'hospitalisme comme étant: « l’ensemble des troubles physiques dus à

une carence affective par privation de la mère, survenant chez les jeunes enfants

 

placés en institution dans les 18 premiers mois de la vie ». Tandis que le Dr M.

Lemay, psychiatre à l’hôpital Sainte-Justine (Québec) préfère parler de dépression

précoce : "L’enfant en situation d’abandon ralentit ses acquisitions

développementales. Une indifférence progressive surgit avec altération de la

communication, mouvements de balancement, chute des initiatives, signes de

souffrance physique, alternance de phases d’agitation et de passivité."( L’Autisme

aujourd’hui, Éditions Odile Jacob, 2004)

On s'est rendu compte que les enfants placés dans des conditions matérielles

excellentes (alimentation, propreté, suivi médical) mais affectivement carencé se

développent moins bien que des enfants qui ont des conditions matérielles moins

bonnes mais qui ont un bon rapport affectif avec leur entourage.

Spitz s'est aperçu que des enfants subissant une hospitalisation prolongée et donc

une séparation d'avec la mère, présentaient de nombreux troubles. L'ensemble de ces

troubles s'appelle l'hospitalisme et se traduit par les symptomes qui suivent:

Aspect malheureux,

Enfant trop tranquille,

Peu bruyant,

Manque d'initiative. Passivité,

Ne répond pas aux stimulations extérieures (ne répond pas aux vocalises, aux

sourires…),

Arrêt de l'alimentation,

Ne joue pas;

Ce syndrome peut se développer dans toutes les circonstances qui privent de façon

durable l'enfant de la présence et de la tendresse quotidienne de sa mère. Il s'agit en

fait d'une dépression du nourrisson.

 

Ce sont les séparations durables qui surviennent pendant les 3 premières années, et

notamment du sixième au quinzième mois qui sont les plus graves. De trois à cinq

ans, les symptômes peuvent encore apparaître. Passé les cinq ans, les troubles

deviennent rares et moins graves. Il faut savoir que ce syndrome peut conduire à la

mort du nourrisson. L'enfant séparé de sa mère, si personne ne peut la remplacer sur

un plan affectif, vit cette séparation comme un véritable abandon. Si un nouveau lien

de tendresse ne se créé pas, on peut observer un brusque arrêt du développement

moteur et psychologique. Des enfants ayant été abandonnés à la naissance, puis

ensuite placés dans différentes institutions, sans qu'il n'y ait aucun objet

d'attachement stable, n'ont pas un développement intellectuel normal, et ont toujours

des difficultés affectives et comportementales.Les troubles affectifs auront plus tard

pour conséquence une incapacité à établir des relations sociales et affectives

équilibrées.

Une expérience effectuée par l'empereur d'Allemagne Frédéric II au treizième

siècle illustre l'hospitalisme. Pour essayer de découvrir quel pouvait être la langue

maternelle innée de l'être humain, il eut l'idée de séparer de leur mère des enfants

nouveau-nés, de les faire élever par des gardiens sourds et muets qui avaient comme

consigne de ne donner aucune tendresse à ces bébés et de ne leur fournir que des

soins d'hygiène et d'alimentation, mais les meilleurs possibles. Non seulement les

bébés ne parlèrent aucune langue mais rapidement ils dépérirent et moururent.

 

5 Apports d'autres auteurs.

5.1 La triade du syndrome dépressif de Kreisler

Dans tous les cas, l’évaluation d’un nourrisson présentant un ou plusieurs de ces

symptômes doit aller à la recherche clinique minutieuse d’éléments évoquant la

dépression :

L’atonie thymique : ces nourrissons frappent par un comportement

d’indifférence, qui souvent succède à une phase de détresse et de protestation.

L’inertie motrice : il s’agit de bébés peu mobiles, ayant peu d’initiative et

répondant peu aux sollicitations.

La pauvreté interactive, le repli : lorsqu’on observe ces bébés en situation

d’interaction, on est frappé par l’extrême pauvreté de leurs initiatives et de leurs

réponses. Ces bébés ont une pauvreté dans les échanges corporels et vocaux, le

regard de l’enfant déprimé est fixe, sans clignement des paupières, très profond.

L’aspect particulier de ce regard contraste avec une mimique pauvre et une

gestuelle lente.

5.2 Les conditions étiologiques de Bowbly

Après une séparation, même temporaire, avec la mère et son milieu familial

habituel, le nourrisson à partir du deuxième semestre va manifester différentes

réactions, qui se déroulent en trois phases bien décrites par Bowbly (1952) :

 

On observe d’abord une phase de détresse avec protestation, active et bruyante,

agitation, cris, pleurs, refus de se laisser approcher. Cette phase correspond à

l’expression de l’angoisse de séparation chez l’enfant.

Suit une phase de désespoir avec grand désarroi et retrait de l’enfant ; l’état

dépressif s’installe (phase de repli).

Enfin, on observe une phase de détachement au cours de laquelle l’enfant

accepte les soins de n’importe quel substitut maternel (atonie thymique).

Si la séparation est temporaire, au retour de la mère tout rentre dans l’ordre mais

l’enfant peut garder une grande sensibilité aux séparations et aux menaces de

séparation.

5.3 Boris Cyrulnik et Françoise Dolto

Pour Cyrulnik le principe de restauration énoncé par Spitz est souvent oublié : "Si

on restitue la mère à son enfant, ou si on réussit à trouver un substitut acceptable pour

le bébé, le trouble disparaît avec une rapidité surprenante". Selon Cyrulnik il serait

faux de dire qu’ « à 6 ans tout est joué ». De même ceux qui aujourd’hui donnent

pour alibi à leurs troubles leur manque affectif lors de leur enfance ne sont qu’une

minorité, les autres s’en étant sortis : l’espoir de guérison est donc plus que permis.

Françoise Dolto a également traité de « récupération positive des enfants

maltraités ».

 

Sources

Jacqueline Bideaud, Olivier Houdé, Jean-Louis Pedinielli, L'homme en développement,

Paris, PUF, 1999

Boris Cyrulnik - La résilience et les mécanismes psychologiques de résistance - conférence

au GREP, le 29 avril 1999

Jacques Gorot – Dépression et somatisation - revista portuguesa de psicossomatica – 2001

Michèle Maury - La dépression et les carences affectives chez le nourrisson

http://psychiatriinfirmiere.free.fr/infirmiere/formation/psychiatrie/enfant/therapie/spitz.htm -

consulté le 5 février 2006

www.ressources-psy.com/carences-affectives.htm consulté le 5 février 2006

www.votre-enfant.com/hospitalisation.htm consulté le 5 février 2006

2006 - Enfance & Familles d'Adoption consulté le 5 février 2006