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La jument de la nuit

 

 

 

Comment définir le cauchemar sinon comme un rêve qui tourne mal ?

Le mot vient du vieil allemand mahra qui signifie étalon et se confond avec le radical mar, mourir.

On en retrouve la trace dans les traditions populaires germanique et anglo-saxonne, où rêver d’un cheval est un présage de mort prochaine.

Heinrich Füssli, prédicateur et peintre zurichois qui passa la plus grande partie de son existence à Londres en tant que conservateur de la Royal Academy, devait intuitivement le savoir.

Le fait est, en tous cas, qu’il plaça une tête de cheval fantomatique au centre de "Cauchemar", son tableau le plus célèbre, dont il donna six répliques entre 1781 et 1792.

Elle apparaît au-dessus d’une femme endormie, couchée sur le dos, et sur la poitrine de laquelle est assis un kobold.

Le tableau aurait pour origine la passion amoureuse de Füssli pour la belle Anna Landolt, dont il fit le portrait et que son père refusait de lui donnait en mariage.

Et, afin d’exorciser son cauchemar, il peindra en 1793 un tableau dans lequel figurent deux jeunes filles endormies avec, à l’arrière-plan, le cheval qui fuit par une fenêtre ouverte, emportant au loin le cauchemar d’autres dormeurs.

 

 

Jean-Louis Ferrier.

 

 

Une jeune femme, dans une robe blanche –symbole de pureté – semble endormie, à moins qu’elle ne soit évanouie.

Les bras ouverts, allongée la tête en arrière, comme offerte aux "monstres" du rêve, la belle s’abandonne.

Assis sur son ventre, le kobold, petit monstre hideux et rabougri,  semble veillait sur elle, tout en regardant, avec une expression de tristesse, celui qui vient contempler le tableau.

Evocation de "La belle et la bête" ?

Plus au fond, sortant sa tête d’un rideau de théâtre, un cheval apparaît (montre le bout de son nez !) sur scène.

Son regard blanc et vide rappelle celui d’un aveugle. Il semble rire, moqueur.

Il regarde la belle endormie.

Le cheval, l’étalon nous dit-on précédemment, est un animal depuis longtemps connoté sexuellement.

Son expression dans ce tableau peut même laisser entrevoir une certaine lubricité.

Mais le kobold - esprit familier (dans les contes allemands) considéré comme le gardien des métaux précieux enfouis dans la terre - semble résolument décidé à ne pas quitter son poste de gardien-protecteur du sommeil de la belle.

 

 

fabienpsy.

 

 

 

 

cauchemar Fussli