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 Le Site de fabienpsy.com

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Les rêves, les fantasmes, les mythes

 

 

 

Chaque peuple, chaque culture possède une appréhension subjective du monde qui lui est propre et dont ses mythes sont le reflet.

 

Le travail de Françoise Dolto a montré qu’on ne peut pas plus négliger (dans la construction mentale de l’enfant) le rôle que jouent que jouent les mythes de la culture des parents, qu’ignorer celui de la langue (le lalangue de Lacan - NDLR) maternelle dans la pensée.

 

Dans les structures collectives de l’esprit, les mythes occupent une place semblable à celle des rêves et des fantasmes dans la psyché individuelle.

 

Ils témoignent de représentations communes à un ensemble d’hommes et sont donc aussi indispensables dans la compréhension de l’esprit que le sont les fantasmes et les rêves.

 

Ce sont des enveloppes ou des "peaux culturelles" collectives qui diffèrent d’une société à l’autre de la même façon que l’enveloppe du corps, la peau, n’a pas la même couleur sur tous les continents.

 

Les fantasmes proviennent, comme les rêves, d’une activité mentale qui associe les sensations corporelles non pas à des mots mais à des images.

 

Ils témoignent de la persistance, en nous, d’une pensée en images qui est celle des 3 premières années de la vie.

Chez le bébé, les images mentales constituent, en effet, la texture la plus importante de la pensée.

Vers 3 ans, lorsque l’enfant commence à prononcer des phrases, l’acquisition de la parole refoule le rôle prépondérant qu’y ont jusqu’alors joué les images, et celles-ci se mettent au service du langage.

 

Elles peuvent alors y servir à combler les manques de mots, comme par exemple lorsqu’on dit : « ça m’a coupé en deux. »

On fabrique ainsi une image, une métaphore, qui rend compte d’une sensation pour laquelle il n’existe aucun mot précis.

 

Dans l’enfance, lorsqu’ils se forment, les fantasmes le font de cette façon.

Ils ne se construisent pas avec ce que les parents disent de la sexualité.

Ils se constituent pour remédier à ce qu’ils ne peuvent ou n’osent pas en dire, en créant des images qui se substituent à l’information que les parents n’ont pas pu ou pas su donner.

 

Les mythes ont une fonction semblable.

Ils s’édifient sur le mode des rêves ou des fantasmes, comme des livres d’images.

Ils fleurissent là où le savoir, la science, la technologie et l’intelligence humaine se heurtent à leurs propres limites.

Ils installent des représentations sur les mystères les plus profonds de la vie.

Et, comblant ainsi celui que nous sommes à nos propres yeux, ils nous protègent de l’inconnaissable et pallient l’angoisse de ne pouvoir savoir ni d’où vient l’humanité ni où elle va.

 

Alors que les images fantasmatiques colmatent les "trous" de la langue familiale dans laquelle l’enfant s’est construit, les images mythologiques bouchent ceux que forment, dans la langue collective, les lacunes de la connaissance humaine.

 

Mythes, fantasmes et rêves ont donc en commun de s’énoncer dans une langue beaucoup plus dense que les mots.

Une langue d’images, de métaphores et de symboles, certes moins explicite que les paroles qui les racontent, mais beaucoup plus riche, plus concentrée ou plus profonde que la langue verbale.

En libérer le sens caché ne peut toutefois se faire sans un certain travail. C’est ce que nous apprend le décryptage des rêves.

Celui des mythes n’est guère différent.

 

Qu’il s’agisse de Dieu séparant Adam en deux pour extraire Eve de son corps, de Noé s’embarquant avec toute la faune dans une arche afin de régénérer l’humanité en péril, ou des hommes partant à la conquête de Ciel en construisant la tour de Babel, les images mythologiques sont en effet semblables aux productions oniriques.

 

Les images des rêves peuvent, par exemple, paraître absurdes.

Elles sont néanmoins porteuses d’un savoir inconscient qui est justement celui que la psychanalyse a pour but de ramener à la conscience.

 

Les images mythologiques sont d’une richesse semblable, si ce n’est que le savoir inconscient qu’elles recèlent est celui des peuples dans lesquelles elles se sont constituées.

Transcendant ainsi les limites de la connaissance humaine, les mythes transcendent aussi celles du temps.

Leur force, leur puissance ou leur éternelle fraîcheur viennent de là.

C’est aussi ce qui explique qu’ils peuvent se lire et se relire, se commenter et se réexpliquer à chaque génération.

 

Car de la même façon que l’analyse d’un rêve n’est jamais exhaustive, celle d’un mythe ne l’est jamais totalement.

 

 

 

Didier Dumas – « La Bible et ses fantômes ».