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 Le Site de fabienpsy.com

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Le sentiment de mort

 

 

 

C’est important pour les psychologues qui reçoivent des gens soi-disant déprimés, et qui disent : « Ma vie n’a plus de sens … ». Demandez-leur : « Mais alors, pourquoi survivez-vous ? Qu’est-ce qui vous fait vivre puisque vous dîtes que c’est tellement triste de vivre ? »

 

C’est très important de les faire parler du sentiment de mort qu’ils ont, et c’est comme cela que vous les aiderez à en sortir, ce n’est pas du tout en remontant le moral des gens.

 

Remonter le moral des gens, c’est tout le contraire.

Le déprimé pensera : « C’est un vivant, il vient me remonter le moral », comme s’il était un petit, et que la maman allait lui donner le biberon.

 

Pas du tout. Ce dont les gens déprimés ont besoin, c’est qu’on leur dise : « Mais qu’est-ce qui vous fait alors préférer survivre ? Pourquoi survivez-vous ? »

 

Et c’est comme ça que nous les aidons, de proche en proche, par une psychothérapie quand ils viennent nous voir.

Je parle des psychothérapeutes.

 

Les médecins organistes donnent des médicaments vétérinaires à un corps fatigué, à un corps déprimé, car il y a deux choses dans un être humain : le côté vétérinaire, la pauvre bête qui se traîne et qui n’a plus le courage de vivre – nous sommes des pauvres bêtes, nous sommes aussi des mammifères – mais, celui qui parle, qui échange avec un autre, veut rencontrer quelqu’un qui lui dise : « Pour qui vivre ? Pourquoi ? Pour aimer qui, si vous ne vous aimez pas, même lorsque vous êtes épuisé ? »

 

Il y a des gens qui ne prennent pas les médicaments que leur donne leur médecin, pourquoi ne les prennent-ils pas ?

« Je n’y crois pas.

- Alors, à quoi croyez-vous ? »

Ils ne savent pas.

 

Ils croient qu’en parlant de leur dépression, en contaminant de dépression le voisin, ils vont trouver la vie belle.

 

Cela, c’est important aussi parce que nous savons que l’inconscient ne connaît pas la mort, l’inconscient ne connaît pas la dépression.

 

Qu’est-ce alors qu’une dépression ?

C’est une régression pour manipuler quelqu’un d’autre, même en nous-mêmes, quelqu’un d’introjecté en nous, qui est là à nous manipuler, à nous badigeonner le nombril, ou à sucer notre pouce – ce qui est une autre manière de se masturber, moins régressive que de faire croire qu’on a un cordon ombilical qu’on va réveiller, ou qui va nous articuler sur quelqu’un d’autre.

 

D’où l’importance du « Qu’est-ce qui vous fait vivre ? Moi, je ne peux que vous parler de ce qui vous fait vivre alors que vous voulez me parler de tous vos malheurs. Ces malheurs, ils sont là, ça ne changera pas d’en parler, mais ce qui peut changer, c’est que vous parliez de ce qui fait que vous survivez à tout cela car, en effet, il y a de quoi mourir trente-six fois, alors pourquoi vous ne mourez pas ? »

 

C’est comme ça qu’on peut aider les gens.

 

[…] Qu’est-ce qui fait vivre ?

C’est là qu’il faut réveiller dans quelqu’un le réel et le symbolique, au lieu qu’il soit tout à fait plongé dans un imaginaire, et qu’il se gargarise d’imaginaire pour essayer, comme à une époque où il était petit, de ressembler à quelqu’un qu’il avait vu ou faire pitié à une maman. Ca ne sert à rien.

 

 

Extrait Françoise Dolto – « Parler de la mort » - conférence E.P.C.I. (1985).